LE PAPAS EUTHYME
Aux murs d'Eurypolis marche l'altier Visir, De sa horde albanaise il poursuit nos Hellènes. Euthyme, ô digne apôtre! il accourt te saisir; Il soumit ta famille, et t'attend dans ses chaînes. Où donc , vieillard lettré ! dans quels lieux caches-tu Ta science profonde et ta mâle vertu?...
Sur nos collines, dans nos plaines,
Tout s'attriste et pleure ton sort :
Ces sentiers qui vers nous guidaient ton saint transport , Ces bois qu'ont traversés tes charités fréquentes , Ils te pleurent, hélas!... Elles pleurent ta mort,
Les fontaines où, sur ce bord, Aimaient à s'abreuver tes lèvres éloquentes!
NOTICE
L'Archimandrite indiqué ci-dessus était trop connu des Epirotes pour qu'il fût besoin de le nommer dans le texte grec : j'ai inséré son nom pour nous dans la traduction. Oh ! c'eût été une favorable occasion que sa mort, pour un artiste subalterne, d'épuiser toutes les couleurs les plus noires de sa palette poétique ! mais quel exemple bien supérieur du goût exquis et juste imprimé aux Grecs par la nature , et de leur sobriété de paroles pour produire des effets profonds ! Euthyme périt cruellement supplicié par les ordres d'Alj Pacha : ceux-ci , rejetant loin de la mémoire l'image de ses tortures , ne présentent que celle des regrets attachés à ses vertus , et que les pleurs versés dans tous les lieux consacrés par son auguste passage. Ils ne montrent plus de lui que ce qui doit lui survivre dans leurs pensées , l'ame et le souvenir éternel.
Je pourrais appliquer une pareille réflexion à la plupart des héros célébrés dans ce recueil : presque tous ont fini leur carrière par des morts violentes. Leurs chantres n'en parlent pas : cette omission uniforme devient une utile leçon littéraire.
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