‹ Chants héroïques des montagnards et matelots grecs (volume 2)Chapitre 37 sur 59 · GEORGE ET DE PHARMAKIS · texte numérisé non relu

GEORGE ET DE PHARMAKIS

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Le printemps s'est montré sous un triste appareil :

L'été qui le suivit fut orageux encore :

Automne plus fatal ! tu fais voir à l'aurore

Et George et Pharmakis troublés dans leur Conseil.

or

« Ο George ! Allons ensemble aux champs de Moscovie « — Non , immolons , ami , la prudence à l'honneur.

« Nos Klephtes railleraient ce soin de notre vie, « Si nous quittions l'enceinte où s'arme leur valeur. « Peut-être que du Czar la troupe auxiliaire... » Il disait : de Sékos partent mille clameurs. Quel ramas de guerriers en nue incendiaire Yole , et noircit des monts les arides hauteurs ! Est-ce un heureux secours que le ciel nous envoie ?

Sont-ce des étendards amis ?

Non , l'aspect des drapeaux que l'air au loin dépolie D'aucun secours heureux ne nous promet la joie : Ce sont les Turcs ; ce sont quinze mille ennemis.

Les rangs de leurs canons cernent la basilique,

Et partout de Sékos ils dominent le fort.

Les uns battent ses flancs, les autres son portique ;

D'autres encor son faîte antique.

A deux mille Ottomans ses murs donnent la mort : Leur foule aux champs voisins recule épouvantée, Et de Kombolaki l'approche ensanglantée De leurs flots repoussés voit expirer l'effort.

Mais les yeux d'un pacha surveillaient la tempête :

Il cria d'une forte voix :

« Ahmêt! ô Mahomet! vous, soldats du prophète , « Au monastère impur fondez tous à la fois. »

Beys , janissaires , tout s'apprête A rentrer dans Sékos qui frémit de ses lois.

Pharmakis attristé profondément soupire : « Pallikares ! dit-il, les rappelant encor; « Yaillans hommes , ô vous qu'un pur honneur inspire ! « Que devient votre zèle?... Epuisez mon trésor; « Prenez For de mes glands , prenez mes tissus d'or; « Et qu'en chassantles Turcs, je sois pour vous conduire « Plus léger devant vous, plus prompt à les détruire. « Tous, brisez vos fourreaux : suivez mon noble essor. »

Mais un des chefs , d'une voix sombre, Dit ces mots que précède un sinistre coup d'oeil : « Nos sabres sont glacés, nos fusils sont en deuil. « Sur ce morne horizon voyez des rangs sans nombre :

« Les sommets sont noirs de leur ombre. » Le discours du Kersale à peine est achevé, Que Pharmakis , vivant , par les Turcs enlevé , « Ο George! où donc es-tu? viens! accours! on m'entraîne...

« A mon aide, ô mon frère ! ô vaillant capitaine!... »

Il jette des cris superflus ; George ne paraît point : ce héros n'était plus.

Une, deux fois, cinq fois, guerrier, par mon présage J'ai voulu de Sékos éloigner ton courage. « — Eh! quel cœur soupçonnait, avant de tels revers , « Que des consuls chrétiens la cupide industrie , « Soumise à nos tyrans, vendrait notre patrie?... « O vous qui planez dans les airs ,

« Allez, oiseaux, allez dans la France aguerrie , « Dire leurs trahisons, raconter notre sort : « Allez à ma veuve chérie « Dire que Pharmakis est mort. »

NOTICE

On a deux chants sur la mort de Georgakis ( ou George ) et de Pharmakis : mais le premier ne contient que des circonstances et des détails semblables à ceux que m'ont offerts plusieurs morceaux déjà reproduits par moi-même : le second fournissait des particularités nouvelles; et j'ai réuni l'esprit des deux en un seul, en y intercalant le sens de quelques derniers vers grecs, où la mort de Georgakis est consacrée par les cris que jette vers lui Pharmakis, en mourant après son ami.

M. Fauriel, zélé collecteur de ces textes, a très-bien résumé les titres de Georgakis à la mémoire : né dans la Thessalie, avec les aigles du mont Olympe, ce héros porta sa vaillance dans les montagnes de la Valachie et de la Servie, et se rendit partout redoutable aux armées turques; son génie fomenta souvent les nobles rébellions des Grecs , incités par les Russes , qui les abandonnèrent à Bukarest , ainsi que leur mobile Ipsilantis. Enfin l'évêque de Romano , indignement complice des vengeances des Turcs, attira Georgakis et Pharmakis dans un piège au monastère de Sékos, que leur zèle accourut défendre : et là fut consommée leur ruine, frauduleusement concertée par ce chef de l'Eglise. Georgakis , après trois jours et trois nuits de disette et de combat, se fit sauter sur un baril de poudre, pour ne pas se rendre aux féroces alliés du prélat.

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