‹ Chants héroïques des montagnards et matelots grecs (volume 2)Chapitre 46 sur 59 · LE NAUTONNIER · texte numérisé non relu

LE NAUTONNIER

Mères tendrement empressées Qu'Hymen à vos maisons réserve un heureux lot ,

Souhaitez à vos fiancées Plutôt un vieux mari qu'un jeune matelot.

Chargé de durs labeurs, le nocher qui soupire, S'il déjeune avec l'aube, est le soir sans repas : Prépare-t-il sa couche, il n'y sommeille pas. Mais qu'il sèche et languisse au pont de son navire, Là, privé de soins maternels, Là , ni père , ni sœur , ni frère ,

N'allège ou ne plaint sa misère.

Le monde absent le laisse en proie aux maux cruels.

Le seul chef du vaisseau lui crie :

« Debout! compte le temps ; signale-nous un port : « Habile nautonnier, trompe l'air qui varie... — « Lève-toi ! » m'ont-ils dit; le puis-je ?... vain effort! Aidez-moi ! sur la proue asseyez ma faiblesse... Ceignez de trois bandeaux ma tête qui s'affaisse !

Abritez-moi contre la mort,

Du voile d'or de ma maîtresse !...

Ma carte interrogée indique au loin deux monts :

De çà, de là, sont leurs cimes sauvages... La brume est à leurs pieds, les brouillards sur leurs fronts. Là, vous aborderez; là, sont de bons rivages : Le sud appelle l'ancre en leurs sables profonds. Quand sa dent et le câble auront saisi la terre , Daigne , ô chef du vaisseau ! ne point placer mon corps

Aux tombeaux du saint monastère :

Mais qu'inhumé par toi sur l'arène légère , J'entende des nochers le cri frapper ces bords.

Recevez l'adieu de mon âme; Adieu , bon amiral, et compagnons aimés !

Adieu, refrains accoutumés!

« Démarrez ! amarrez! à la voile ! à la rame ! »

Il se tait : ses yeux sont fermés.

NOTICE

Il serait difficile de mieux apprécier les grâces et la sensibilité qui respirent dans cette cantilène des matelots de l'Archipel que ne l'a fait l'éditeur du texte dans le jugement que son goût en a porté. Tous les motifs de son admiration deviendront les nôtres : il suffira d'y ajouter le parallèle d'une idylle de Théocrite, inspirée par un sujet en rapport avec celui-ci, pour faire remarquer la conformité du génie des anciens et des nouveaux Grecs. Je l'ai traduite autrefois; et le suffrage que de doctes hellénistes ont accordé à ce travail me fait espérer que sa publication ne déplaira pas aux amateurs des peintures naïves et naturelles.

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