CHANT
COLOKOTRONIS.
Qu attendez- vous, fils de la Grèce, Pour combattre et vous réunir?
L'étranger peut-il retenir Votre colère vengeresse?
Que vous reste-t-il ? quel recours ?
Rien que le mousquet et 1 epée.
Sauvez par de vaillans secours La liberté de sang trempée :
Ses lois revivront pour toujours, Si la tyrannie est frappée.
Voici l'instant d'un triomphe assuré.
Marchez unis : le combat est sacré.
Guerre!... La nôtre est-elle inique Comme celle des rois pervers?
La nature, l'horreur des fers Nous commande un zèle héroïque.
Cest Dieu, moteur de l'univers , C'est l'Evangile qui nous crie :
Frappez les bourreaux des chrétiens.
Lois, mœurs, vertus, honneur, patrie, La vie , hélas ! source des biens , Nous sont ôtés par la furie
De l'Ottoman sanguinaire, abhorré.
Armons-nous tous ! le combat est sacré.
Nobles Grecs ! pourquoi vers le pôle Tourner nos yeux et notre espoir , Si notre cause est sans pouvoir, Quand l'hérétique nous immole ?
Nos pleurs n'ont point ému le nord :
Le despotisme est son idole.
Le Czar se tait; son sceptre dort :
Et d'Albion les chefs cupides, Aux trônes vendant notre mort, Font des rois les témoins stupides
Du sort affreux qui nous est préparé.
Guerre au croissant! le combat est sacré.
Si les cours ne sont accessibles Qu'à nos ardens persécuteurs ; Si le Turc a des zélateurs Non moins furieux qu'insensibles ; Voyez sans peur l'iniquité Ourdir la trame la plus noire :
Votre mâle intrépidité
Brisera le joug avec gloire.
Union, force, et volonté, Sont les garans de la victoire.
Des fers bientôt le brave est délivré.
Guerre aux tyrans ! le combat est sacré.
Levez -vous, courageux Hellènes!
Ces vils Turcs vous ont mutilés , D'un pied sanglant vous ont foulés , Vendus , flétris, chargés de chaînes :
En monstres , ils se sont roulés Au sang dont s'enivrent leurs haines
L'incendie et l'assassinat Suivent ces hordes inhumaines.
Amis ! que l'ardeur du combat Bouillonne dans vos nobles veines.
Frappez le Turc de vengeance altéré :
Versez son sang : le combat est sacré.
Le sang des tyrans homicides Au seul nom de Christ écumans, Toujours de carnage fumans, Toujours de dépouilles avides ; Le sang des ennemis cruels De Dieu , de nos lois tutélaires ; Le sang de ces Turcs criminels , Versez-le : vengez- vous , mes frères ! Vengez vos aïeux, vos autels, Votre patrie et vos misères.
L'enfer attend l'Osmanlis exécré :
Le ciel vous voit : le combat est sacré.
NOTICE
C'est au nom de Colokotronis que ce beau chant fut consacré par l'inspiration de son auteur. On le doit au génie patriotique de Kanélos , docteur grec , originaire de Chio , né à Constantinople, et mort en 1823 , dans l'île de Candie : il était médecin et conseiller du gouverneur de cette île. La personne de qui je tiens le texte de cet hymne militaire en reçut la copie de lui-même, il y a quelques années. Nous n'avons plus à craindre, en le nommant, de l'exposer au danger d'être puni des vertueux sentimens que ses vers ont exprimés contre les oppresseurs de la terre classique des poètes libres. Cette pièce, inédite en France , m'est parvenue trop tard pour la ranger au nombre des chants guerriers , auxquels son genre la rattache : mais quelle que soit sa place dans une publication , nous pensons qu'elle prendra celle qui lui est propre, et qu'elle la gardera dans la mémoire , comme les fameux hymnes de Tyrtée récemment traduits encore , avec une heureuse énergie , parle docte M. FirminDidot, père, dont je m'honore d'être l'ancien ami.
note sur l'élégie intitulée