LE SONGE
DE
DIHOS.
Que de fois t'ai-je dit, et long-temps répété ,
O Dimos ! guerrier téméraire , Abaisse ton turban d'aigrettes surmonté, Voile de tes habits le faste militaire , De peur que l'Albanais , de tes trésors tenté , N'abatte d'un seul coup ton luxe et ta fierté !
Les ramiers dans les bois , les perdrix dans les plaines , Pour avertir Diinos ont pris des voix humaines : L'une sur lui fredonne en plaintives chansons : « O Dimos! en tes traits quelle pâleur empreinte? » Pourquoi tressailles-tu sous de mortels frissons ? » — Tu t'enquiers , jeune oiseau, du sujet de ma crainte : » De retour d'un combat, au déclin du soleil, » J'ai voulu du repos goûter encor les charmes 5
» Un songe , en mon profond sommeil, » A trouble mes esprits de confuses alarmes.
» Ce rêve affreux m'a présenté ,
» En triste présage à nos armes ^ » Sous un astre sanglant, mon sabre ensanglanté. »
NOTICE
Nouvel entretien d'un klephte avec les oiseaux qui l'interrogent. Ces formules souvent répétées dans les exordes , signalent le besoin que les hommes errans ont de communiquer leurs espérances , leur joie ou leurs tristes pressentimens aux seuls êtres animés qui charment leur solitude.
Ce Dimos , ici désigné , ne paraît pas être le même que celui qui figure dans le chant sur Antonis , ni dans le mjriologue intitulé le Tombeau du klephte, ni celui que cite la cinquième complainte des Grecs Souliotes, et qui se nomme Dimos-Drakos.