‹ Chants héroïques des montagnards et matelots grecs (volume 3)Chapitre 3 sur 56 · LÀ FAMILLE · texte numérisé non relu

LÀ FAMILLE

DB

TZAVELLAS.

Sur l'arche d'un vieux pont, un oiseau se lamente : « Cruel Pacha., dit-il, vois ces sauvages lieux j » Du lac de Janina ce n'est point l'eau dormante » Qu attire en tes jardins un art industrieux, » Et qui s'élance en jets sous une urne écumante; » Ce n'est point Prévésa , dont s'élève à tes yeux

» L'enceinte de meurtres fumante ;

» C'est ici l'àpre mont Souli ,

» Mont fameux, redouté d'Aly, » Mont terrible , où tout s'arme , et les fils , et les pères ,

» Leurs sœurs , et leurs brus , et leurs mères ;

» Où, parmi les patres soldats,

» O magnanime Tzavcllas !

» Ton épouse , en vain assaillie , )> Tient son enfant d'un bras , de l'autre un sabre nu. » Du poids d'un long mousquet, par des nœuds soutenu,

» Son épaule est enorgueillie; » Et le pan de sa robe , en' dégageant ses pas , » Tablier ondoyant, au genou se replie » Sur la poudre et le plomb qu'elle porte aux combats. »

NOTICE

Deux traits poétiques caractérisent cette composition : le langage fictif d'un oiseau qui expose le sujet et détermine le lieu ; puis , le portrait hardiment dessiné de l'héroïne qui marche à l'action annoncée. On reverra souvent dans ces chants les oiseaux introduits en témoins des faits et en interlocuteurs. Moscho , femme de Tzavellas , est présentée ici comme une vivante image de la Grèce pastorale et armée. Le texte dit qu'elle porte d'un bras son nourrisson , de l'autre ses armes , et des cartouches dans son tablier. Je n'ai pas cru devoir effacer ces traits simples et vrais : ils peignent bien, donc ils sont poétiques.

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