LES DEUX ESCLAVES GRECS
Dis-nous , lune resplendissante !
Que j'interroge dans ton cours, Que devient l'enfance innocente Des fils de Grévena, ravis à nos amours?
« Chez une veuve musulmane, « Ces deux enfans grecs sont aux fers :
« Le matin au joug les condamne ; « Et le soir dans la chaîne entend leurs pleurs amers.
— a Enfans ! abjurez votre culte; « Suivez la loi des Ulémas ; « Pour vivre à l'abri de l'insulte , « Avoir de prompts coursiers , des sabres de Damas.
« Ah ! plutôt de la foi première « Vous-même adorez le fanal; « Vous jouirez de la lumière, « Et des œufs colorés du vermillon pascal. »
Leur voix évangélique achève D'éclairer son erreur qui fuit :
Ainsi; quand l'aurore se lève, Cède à son tendre éclat l'étoile de la nuit.
NOTICE
Quelle naïve et jolie chanson! comme elle intéressé promp* tement à l'enfance des deux esclaves et à la bonté de leur maîtresse! Celle-ci leur offre, pour les faire changer de religion, de beaux chevaux et de beaux sabres; et ceux-là, pour la convertir , lui parlent de l'Évangile , et lui promettent des œufs rouges de Pâques. Voilà tout le fond, et il est plein d'un charme naturel. L'idéal est dans les formes, puisque c'est à la lune que s'adresse le poète , et que cet astre lui raconte le fait : l'art est dans les transitions habilement franchies par le dialogue entre la femme turque et les enfans chrétiens. Les derniers vers de ce chant nous manquent; j'ai osé y suppléer par un couplet sur la conversion de la musulmane, en accord avec l'esprit de la chanson grecque*