LE SOMMEIL
nu
PALLIKARE
Dès l'aurore, les hirondelles.
Les pinsons éveillés gazouillent tour à tour : Leur ramage dès l'aube est imité des belles
Dont la voix réveille l'amour.
« Amour, éveille-toi! presse ta jeune esclave; « Presse contre ton cœur son sein au lis pareil. — « O ma belle ! permets, dit la langueur d'un brave, « Que je prolonge encor l'instant d'un court sommeil.
« Hier un long combat, me tenant en éveil, « De mon chef a trompé l'envie.
« Toujours aux premiers rangs ses ordres m'ont jeté :
« Sans doute il veut ma mort , ou ma captivité !
« Dieu, secondant ma force , a protégé ma vie.
« Vingt ou trente ennemis ont cédé sous mes coups;
« Par leur fuite ou leur mort j'ai triomphé de tous. « Enfin sur ces champs du courage, « Quand ne régna plus le soleil ,
« De sentier en sentier, je n'ai, sur mon passage, « Trouvé ni cité , ni village
« Qui m'offrît un repos à ce moment pareil.
« Laisse-moi donc , ma belle , aux douceurs du sommeil. »
•ffe
Le fond de cette chanson n'a pas besoin d'être éclairci : ne suffit-il pas de noter ce que les vers qui lui serrent de prologue ont de riant et d'agréable , et d'arrêter notre examen sur un trait caractéristique de la réponse du Pallikare qui soupçonne son chef de vouloir le faire tuer ou prendre aux avant-postes ? Cette sorte d'abus de l'autorité militaire a, dans tous les pays et dans tous les temps , secondé les petites et basses rancunes de la jalousie entre les hommes de guerre. J'ai connu des généraux d'armée qui n'étaient pas moins hypocrites et vindicatifs que des dévots d'église; et cela, sous le masque de francs et bons camarades.