‹ Chants héroïques des montagnards et matelots grecsChapitre 10 sur 26 · PARGA · texte numérisé non relu

PARGA

Mostagubs, frais vallons, plaines fertilisées, Ombrages verdoyans de nos belles forêts, Rives que de nos cîeux fécondaient les rosées, Recevez en mes pleurs Fadieu de nos regrets.

Parga, riche cité, que le destin fit naître

Trop voisine des lieux où règne le croissant,

O patrie! 6 Parga, long-temps fière et sans maître, L'Anglais te vend à l'or d'un Visir menaçant'^!

« Fuyez , vils habitans , fuyez l'antique Épire ! »

Dit un impie Aman , affamé de nos biens :

« Errez , perdez vos murs , vos temples , votre empire ;

» Tombe à jamais la croix et les derniers chrétiens!

)) Que de leur gloire , au loin jadis victorieuse j » Triomphe le Koran et le bras d'Ismaël. v Ainsi du vieil Aly la haine injurieuse Maudit avec fureur les Grecs et leur autel.

Que les grands pleurs d'un peuple, etl'éclat de ma plainte, Tonnent jusques au ciel contre un monstre ennemi, Et que ta foudre, ô Dieu! qu'un tyran croit éteinte. L'éveille, en le frappant, dans le crime endormi.

* Le diplomate lord Maitland tint envers les Grecs , trahis et livres aux Turcs qui n'avaient pu les déposséder de Parg^a , une conduite bien opposée a celle du généreux poète lord ByfOn, dont Famé et la lyre ont réhabilité l'honneur de la nation anglaise sur les plages Ioniennes.

4NATHEME.

O feu vengeur de la justice , Tonnerre du ciel irrité, Consume un Pacha détesté, Dévore TAnglais, son complice, Et que tout oppresseur pâlisse De tes coups sur Tiniquité !

Et toi, brillant Soleil, témoin de nos misères, . Qui nous vois exhumer, du sein des noirs tombeaux, Les ossemens sacrés de nos illustres pères.

Couvre de deuil ton front attristé de nos maux.

Et vous , filles des cieux, Lune, pâles Etoiles, Qui brillez dans la nuit du lever au couchant , Obscurcissez vos traits sous vos plus sombres voiles, Au monde signalez nos malheurs en marchant..

Cieux, pleurez sur Patga! pleurez, sensibles astres!

Présagez la mort au méchant *, Et qu'avec vous la terre , émue à nos désastres ,

Réponde à mon lugubre chant !

NOTICE

On trouvera le texte original de cette belle lamentation sur la ruine des Parguinotes, dans le troisième volume ^ page 420, des Voyages en Grèce de M. Pouqueville. Je Fai traduite presque en un même nombre de vers , persuadé que la mesure du temps doit s'accorder avec la mesure du rythme et des pensées. C'est un des élémens d'exactitude qui influe sur le plaisir que donne la précision en poésie : on le détruit en allongeant ou en resserrant le sens d'un auteur , qu'on embarrasse de vaines paraphrases , dans l'espoir de l'embellir.

Cet hymne , en rapport avec les complaintes lyriques des chœurs de la tragédie grecque ^ ainsi qu'une chanson d'un autre genre que m*a fournie encore l'amitié de M. Pouqueville , n'est point inséré dans le recueil publié par M. Fauriel. Je le rapproche des myriologues composés sur la ruine de Souli , dont les héros eurent une fin plus tragique que les habitans de Parga. Les Souliotesy vingt-trois ans avant l'évacuation de cette ville, donnèrent à leurs successeurs les premiers exemples de vaincre ou de mourir avec leurs familles , en faisant sauter leurs forts sur leurs ennemis et sur euxmêmes.

DBS

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