D'ALT DE TÉBÉLEN
Trois sinistres corbeaux dirigent leurs regards Sur trois chemins qu'au loin ombrage La marche de trois étendards.
Du noir Mitzobono l'un guide le courage ;
L'autre , Mouktar son fils ; l'autre soutient la rage Du plus cruel des Selictars.
L'épouse d'un primat les voit de la colline
Où les oiseaux plaintifs voltigeaient sur ses pas.
n Où donc est Botzaris? et toi, Koutzonicas?
» Accourez! de Souli, qui réclame vos bras,
)> Elle vient nous offrir, sur nos murs en ruine ,
» Ou le parjure ou le trépas. »
Le cri des deux guerriers répond à ses alarmes :
(( Faible femme , ne tremble pas.
» Tu vas voir de ces Turcs le sang rougir nos armes , » Et quels puissans efforts illustrent nos combats. »
Leurs pacolea sonc moins rapides
Que leurs attaques intrépides :
Tout chancelle, pâlit, ftdt ou meurt devant eux. « Maudits soient à jamais tes élans belliqueux ! » Disaient à leur Pacha ses troupes dispersées.
Mais Botzaris , en main roulant
Son cimeterre étincelant :
« Succombes-tu, visir, à tes sombres pensées? » Relève tes spaïs couchés dans nos ravins.
)) Pourquoi baisser ton front? d'où naissent tes chagrins? » Viens donc montrer ton luxe à nos pauvres cabanes , » Viens dresser sur nos monts , aimés des cieux sereins ,
» Ton trône envié des Sultanes. »
NOTICE
Voici encore la fiction familière aux Hellènes : trois oiseaux y précurseurs de trois colonnes de troupes , et placés en vedette pour présager une triple attaque. Même promptitude dans le dialogue et dans le récit que termine le discours ironique de Botzaris , sur le ton des héros querelleurs ou moqueurs de l'Iliade.