A LA BAÏONNETTE
En vain, visant cent fois à la calotte rougo,
Le canon prussien tire à coups redoublés ;
Il crache en vain l'enfer contre ces endiablés,
Pas un coup de fusil ne part du champ qui bouge.
Et ces coquelicots s'avancent dans les blés. \o
0 combats sans seconds! 0 luttes sans pareilles
Vaincus dont la défaite a meurtri le vainqueur !
Tout à coup le clairon résonne à leurs oreilles !
Ils bondissent, légers comme un essaim d'abeilles ;
Et leur vol est terrible et leur dard frappe au cœur. 20
Et les voilà jouant de la crosse et du sabre,
Assommant, égorgeant, tuant... mouiant aussi!
Arrachant du timon le cheval qui se cabre,
Et, vivaces danseurs de la danse macabre,
Jetant à pleins poumons leurs éternels lazzi. 25
Enfin la idace est nette et les pièces sont prises.
Un silence profond suivit ce branle-bas;
Mais, lorsqu'on ht alors l'appel des barbes grises,
13. Le mot métaphorique crarJœr est devenu le terme propre quand il s'agit des canons; le feu qu'ils lancent a été souvent comparé au feu d enfer ; mais cracher /.'enfer est une expression inusitée jusqu'ici. Elle se rattache à l'idée contenue dans endiablés.
16. Sans seconds, expression très fréquente au xvu« siècle. Comhats tels qu'il n'en est pas d'autres, de seconds, qui leur ressemhlent.
18. Le clairon qui donne le signal d'attaquer la batterie ennemie.