Lazzi, mot italien qui signifie plaisanterie
0 compte affreux, rempli de terribles surprises!
Us étaient neuf, avec dix canons sur les bras. 30
« Ma foi,- dit un sergent, la chose est assez drôle!
« Nous en rirons plus tard, quand nous aurons le temps, »
Puis passant prestement les fusils sur l'épaule,
Ramenant les chevaux avec des coups de gaule.
On les rattelle et puis : « En route, les enfants ! » , 35
Ils parlirent. La nuit couvrait déjà la plaine;
Quelques sourds roulements grondaient encore au loin,
Et prouvant à leurs yeux la victoire certaine.
Tout au pied du coteau dans la gorge prochaine.
Le feu brillait déjà comme un joyeux témoin. 40
« Ce sont les compagnons qui nous taillent la soupe,
« Du diable si j'en vais donner ma part aux chiens! »
Il galope riant jusques au premier groupe :
<( Hé! les amis! voyez ce qu'on amène en croupe! »
« Wer'st da? » dit une voix. C'étaient les Prussiens. •i.'i
38. Leur doiiiiant lieu de croiie à la victoire, comme à une chose fertaiue.
45. Wer'st da? abréviation iKuir Wer ht du : Qui vive! Les zonaves croyaient trouver leurs camarades. Ils tombent, j)risonniers. entre les mains des Prussiens.
OTHONIEL n
8. Et le Seigneur, irrité contre Israël, le livra entre les mains de Khjrsânn, roi de Mésopotamie...
g. Mais ils crièrent vers le Seigneur, qui leur suscita un vengeur, Othoniet, fils de Cenès...
(les juges, chap. lU.)
Or, Khysànn étant roi de Mésopotamie, Le Seigneur d'Israël lui livra les Hébreux : Sous l'instinct réveillé l'àme était endormie ; Or le blé qu'ils semaient ne poussa plus pour eux.
(*) Nous n'expliquerons pas les détails bibliques et les allusions historiques dont cette pièce est pleine, car, ainsi qu'on le devinera aisément, c'est notre propre histoire que, par une fiction permise, le poète a transportée au temps et au pays des Hébreux. Otlioniel est le patriote idéal, k la fois héroïque et sage qu'il appelait de ses vœux en disant au deuxième poème de ce recueil : c Dieu veuille un jour qu'un grand F)-ançais, etc. » Quant aux hommes qui, aux vers 60, 6 6, 100, 121 de celte pièce, paileront aux Hébreux sous I inspiration et selon l'esprit d'Olboniel, ils représentent l'âme même du peuple telle que l'auteur souhaiterait qu'elle fût, aussi prudente que résulue.
3. L'instinct, les appétits matériels de jouissance sous l'influence desquels la partie noble de l'âme s'endort.
Ce ne fat, plus pour eux que les cuves de chêne Remplirent leurs flancs noirs du jus noir des raisins; Et, les troupeaux menés à la source prochaine Ne paissaient plus pour eux sur les coteaux voisins.
Ils perdirent le droit viril des armes nohles ; A peine accordait-on à leurs bras sans joyaux, 10
Pour labourer leurs champs et planter leurs vignobles, Le soc de la charrue ou le fer des boyaux.
Ainsi leur vie allait humble et désespérée.
Mais quatre ans de ce joug irritèrent les fronts,
Et, s'élant réunis aux portes de Pérée, !,"!
L'un d'entre eux se leva qui leur dit : k Xous souffrons!
« Nous souffrons, mais le Dieu qui nous fit ces jours mornes, « Fit aussi ce serment qu'il n'a jauiais trahi : « L'épreuve aura son temps, le temps aura ses bornes! » « Oîi donc est Otboniel qui vainquit Gelmaï? » 20
10. Joyaux. Chez les peuples antiques, en s'armant, ou se parait irornemehts et de bijoux.
OTHOMEL
Une voix répoudit : « Otlioniol vil encore,
« Il vit, et les grands bois poussent pour le cacher.
« Sa lance est enterrée au pied d'un sycomore,
« Et son glaive vainqueur dort au creux d'un rocher.
« Othoniel vit encor! reprit la foule immense, 25
<v Loué soit l'Eternel qui combat avec lui I « Le mauvais jour n'est plus, un jour meilleur commence. « Othoniel vit, encor qui vainquit Gelmaï! >»
Et les douze tribus désignèrent douze hommes;
Et l'homme de Lévi dut parler seul pour tous : 30
« Dis-lui que s'il est las de souffrir, nous le sommes,
'< Et qu'on vaincra par lui s'il veut lutter pour nous. »
Les douze messagers partirent le soir même, Et sous les bois profonds leurs pas couraient douteux. Quand un matin — c'était déjà le quatrième — 3;»
De grands lévriers roux bondirent devant eux.
2o. Othoniel vil encor! Dites ces mots (i"un ton de surprise jayeuse.
34. Douteux , parce quils n'étaient pas bien sûrs de la route à
Or ceci se passait au lieu dit du Message.
De lourds blocs de grauit resserraient le chemin,
Et sur le haut d'im roc qui gardait le passage,
Était un homme, et l'homme avait un arc en main. 40
A demi nu, couvert de quelques peaux de bête. Ayant avec sa barbe, et sous ses longs cheveux. L'air hautain des guerriers, l'air calme des prophètes, 11 s'avança, faisant un geste impérieux.
Les douze messagers, touchant du front la terre : 45
« Le jour est arrivé; le temps est révolu.
« Béni soit Jéhovah ! Gloire à Dieu notre Père !
« Olhoniel d'Ahalab, fils de Cénès, salut!
<- Israël nous envoie; Israël souffre et pleure, « Et, des terres de Gad aux terres de Joseph, oO
« Tous les hommes debout n'attendent que ton lieure. « Les veux-tu pour soldats? ils te veulent pour chef. »
XIY'
Mais secouant la tète avec un air de doute,
Se retournant déjà du côté dos forêts,
Et rappelant ses chiens, et reprenant sa route, So
Othoniel répondit : " Non! vous n'êtes pas prêts. »