SUR CORNEILLE
Ce sol puissant, ces eaux vives, ce ciel mobile,
Tout cela, c'est la France! Où donc sont les Français?
Où donc ce peuple fier de son sang et prodigue, 2ij
Que le danger commun trouvait prompt à s'unir? Ce peuple, qui jetait le défi de Rodrigue, Et qui, lavant jeté, savait le soutenir?
Le devoir et l'honneur, l'héroïsme et la gloire, Ce faisceau de grandeur aux immortels liens, 30
Ces mots qui sont la langue et qui furent l'Histoire, Ces grands mots qu'un Corneille a faits cornéliens,
Quel fou les a raillés de sa lèvre flétrie?
D'où nous vient sur nos dieux ce doute désolé?
Quel être sans famille a nié la Patrie? 3o
Qui donc a dit : « Tu meus ! » quand Corneille a parlé ?
Ah 1 faiseurs de pamphlets et chercheurs de doctrines, C"est vous, les impuissants, qui nous avez détruits! C'est votre esprit qui vient crier sur nos ruines : Ne sois d'aucun Devoir, tu n'es d'aucun Pays! 40
Ah! la fraternité des peuples vous enchante? Eh bien ! Theure est propice à vos enivrements,
24. Est-il nécessaire de faire remarquer le souffle et l'ampleur de ces vers ?
27. Dnns le Cid de Corneille, le jeune Rodriirue, apprenant que son père a été olfensé par un redoutable homme de guerre, va le défier et le tuer.
32. Corneille a si bien su parler de toutes ces grandes choses (ju'elles sont devenues siennes. Qui dit cornélien dit brave, héroïque et noble. Le mot eèt passé dans la langue courante.
34. Sur nos dieux. Sur les choses que nous devons adorer et respecter.
Votre, chanson est belle et vaut bien qu'on la chante. Regardez-les passer, vos frères allemands !
Oui, vous avez raison; c'est hideux, le caraage ; 43
Oui, le Progrès blessé recule et se débat ;
Notre siècle en fureur retourne au moyen âge.
Mais sachons donc nous battre au moins, puisqu'on se bat.
Oui, le sort nous a pris de bien chères victimes, Et Regnault expirant est là comme un remord : 50
La guerre a de ces coups, la gloire a de ces crimes, Mais l'égoïsme humain est plus laid que la mort...
Il est sous le soleil des heures de vertige
Où la vertu d'un peuple hésite et s'interrompt,
Oîi, couvrant de grands mots l'instinct qui la dirige, o5
La peur même, la peur n'a plus de rouge au front.
C'est là, c'est au travers de ces époques noires
Qu'un ennemi rampant s'est glissé jusqu'à nous ;
Ses monstrueux anneaux ont étouffé nûs gloires,
Et la France enlacée est encore à genoux. 60
Pauvre France! que Dieu te protège... et te change! Ton espoir était fou, que ton deuil soit sensé.
50. Henri Regnault, grand peintre tué à l'âge de vingt-neuf ans, à la bataille de Montretout, près Paris, le 19 janvier 1871.
59. La politique tortueuse de la Prusse est comparée à la marche rampante des serpents.
61. Plus on aime et plus on désire voir celui qu'on aime se corriger de ses défauts. C'est ce sentiment naturel que rend éloquemment ce beau vers.
SUR CORNEILLK 93
Tu parles déjà haut de l'aveuir qui venge, L'avenir qui répare est-il donc commencé ?
On t'excite, ou te plaint, on crie, on te harangue. 60
Ah ! mon pauvre pays, souviens-toi de Babel ! N'écoute qu'une voix, ne parle qu'une langue. Quand tu n'as qu'un devoir et que tu sais lequi'j.
Et quoi que l'on te prouve, et quoi que Ton t'allègue, Quel discours peut valoir ces trois mots triomphants ; 70 « Meurs ou tue ! » Un soufflet t'a renversé, don Diègue ? Ne pleure pas ta honte, appelle tes enfants !
Et toi. Corneille, toi, Père du grand courage, Redis-nous ces leçons dont tu formais des cœurs. Le calme dans l'effort, la haine après l'outrage, 75
Redis-nous la Pairie, et refais-nous vainqueurs !
66. Souviens-toi qu'on n'arrive à rien quand chacun parle à sa façon et qu'il n'y a pas d'entente.
71. « Meurs ou tue! » C'est ce que, dans le Cid, don Diègue dit à son fils en l'envoyant combattre contre son offenseur.