A MA MERE
Eh bien, oui! si puissant que soit le ridicule,
Si mauvais air qu'on ait ù bien parler de soi,
C'est assez qu'on h^-site, et trop que l'on recule.
Lorsque l'orgueil est juste et que le cœur est droit.
Oui ! celte femme, au cœur français, à l'âme fière, ï»
Qui mena vaillamment ses deux fils aux combats,
Oui! cette femme-là, cette femme est ma mère,
Kl c'est mon frrro et moi qu'elle a créés soldats.
Quels sarcasmes d'ailleurs effrayeraient ma franchise? Ceux-là seuls me liront pour lesquels seuls j'écris ; 1 0
Kt mes vers ne vont pas, commt' un jouet qu'on brise. Des mains des esprits forts nux mains des beaux esprits.
3. Le poète pouvait hésiter, il ne devait pas renoncer k parler ite sa courageuse mère.
:i-8. Voir la N'oie de l'éditeur en tête du volume.
12. Esprits forts, hean.r esprits, toujours disposés à la rail-
Non, non ! tous ces récils pleins de deuil et de larmes,
Moins écrits que pensés, moins pensés que vécus,
S'en vont toujours tout droit, marchant toujours en armes, ! ;i
De ceux qui sont conquis à ceux qui sont vaincus.
Kt c'est devant ceux-là, mère, que je t'honore.
Devant eux qu'à genoux je tends vers toi les hras,
Et que. d'un accent lier comme un clairon souore.
Je viens jeter ton nom, ma mère, à mes soldats. 20
Je veux leur révéler ton cœur et ton courage.
Ils disent que tes lils ont fait tout leur devoir :
Le devoir qu'ils ont fait, mère, c'est ton ouvrage.
L'honneur qu'ils eu ont eu, c'est toi qui dois l'avoir.
Ils ne sont pas partis furtifs pour les batailles, 2.')
S'arrachant sans adieux à des bras révoltés,
Ils ne t'ont pas volé le sang de tes entrailles,
C'est toi, mère, c'est toi, qui leur as dit : « Parlez!
» Partez, ils sont vaincus les soldats de la France !
» Mon cœur pour conquérir ne vous eût pas prêtés, 30
» Ce n'est plus la conquête, enfants, c'est la défense.
» Le sol est envahi, je vous donne ; partez ! »
Hélas ! si tous les fds étaieni partis de même ;
S'ils étaieni tous partis, les lils, même autrement !
Mais à combien, sans voir l'horreur de leur blasphème, 35
Les mères ont soufflé : .Ne le bats pas, crois-m'en !
lerie. Le poète espère que ceux-là ne liront pas ces vers, faits uniquement pour les cœurs qui soulfrent de nos défaites.
IG. Ceux gui sont conquis, les Français de Lorraine et dWlsace; ceux qui sont vaincus, le reste des Français!.