Ibid
PREFACE
On admirera dans les chants funèbres de précieux accents de douleur, et certaines nuances d'attendrissement qu'aucune autre race n'a connues. Entre les chants historiques, il faudra remarquer l'apologue du seigneur Aslan. L'ange Gabriel veut lui prendre son âme à moins qu'un des siens l'aime assez pour offrir la sienne en échange. Or, ni le père, ni la mère ne consentent au sacrifice. Mais l'épouse accepte. Cet optimisme conjugal, cette défiance à l'égard des affections maternelles et paternelles appartiennent à un idéal très différent de nos illusions occidentales. Nos poètes eussent plaisanté, au contraire, la fidélité de l'épouse; ils eussent magnifié le dévouement de la mère. La passion, en Occident, est toujours soupçonnée d'inconstance, taxée d'égoïsme. Tous les sceptiques la narguent. La vie d'Orient, plus sévère pour les compagnes qui n'ont de recours qu'en leur maître tout-puissant sur elles, sans doute les dispose à cette abnégation de leur être aimant l'homme pour lui-même, et non pour les plaisirs qu'il prodigue, pour les avantages qu'il dispense.
Par cela, par d'autres lumières analogues, se révèle dans ce livre, l'âme délicate, spéciale
PRÉFACE xv
et curieuse d'un peuple très ancien, à l'intelligence féconde que tous les arts manifestèrent. Puissent les voix sincères qui s'expriment dans ce recueil émouvoir les cœurs, convaincre les esprits des élites puissantes, afin qu'elles se déclarent mieux encore les amies et les protectrices de cette race ingénieuse, opiniâtre pour produire, mais courbée sous l'injustice du destin.