LE CHANT DU TRAVAIL
Sur la plaine fleurie brille la rosée ;
Adolescent, le matin t'appelle :
Tâche de gagner des heures d'or,
C'est le moment d'agir, bientôt la nuit doit venir.
Le jour arrive à sa moitié ;
Homme, midi te convie :
Il fait encore chaud, ne quitte pas ton travail;
Ta récompense sera grande lorsqu'arrivera la nuit.
Les ombres s'allongent, le jour touche à sa fin ; Vieillard, le soir t'exhorte :
Il te reste peu de temps, tes mains s'amollissent, Achève ta besogne, car la nuit est proche.
La rosée est tombée sur les arbustes, Elle brille comme du corail; Voici la belle qui se promène Portant au bras un bracelet.
Elle jeta un regard autour d'elle,
Puis doucement elle chanta un beau chant.
Le paon laissa tomber sa queue,
Le rossignol eut le chant arrêté dans sa gorge
Le bec ouvert, la pauvre bête Regardait, assise sur la branche ; La voix de la belle Arrachait son âme.
La belle chantait en pleurant; Elle louait Sassoun et Khnouss.
Elle évoquait les braves ; Et elle chanta jusqu'au matin.
Le rossignol eut le cœur déchiré, Il sentit son âme s'enfuir de son corps; Il chanta lui-même un chant de louange, A faire tressaillir tous les cœurs.
Tous les deux unirent leurs voix,
Ils embrasèrent tous ceux qui les entendirent,
Ils oublièrent le bien-aimé et la rose,
Ils chantèrent la louange de nos braves.
Le chant était doux et triste Comme une hymne d'église; Il traversait le cœur comme une flèche, Il allait atteindre jusqu'à l'âme.
Lorsqu'ils eurent fini de chanter,
Ils donnèrent l'un à l'autre un petit baiser,
Puis la belle s'en alla,
Et le rossignol s'envola vers la plaine.