A SON PÈRE
Ce morceau est tiré du fameux roman de Vincent Cornaro dont j'ai dit quelques mots dans l'introduction. Ce sont les adieux d'Érotocritos à son père, au moment de partir pour l'exil auquel le roi l'a condamné, pour avoir eu l'audace de prétendre à la main d’Arétuse, sa fille unique. Νε fût-ce que pour être tiré d’un livre imprimé et très-connu, du moins en Grèce, ce morceau pourrait paraître déplacé dans ce recueil. J'ai eu cependant plus d'un motif de l'y admettre. D'abord c’est un des nombreux fragments que l’on isole à volonté du corps du roman dont ils font partie, pour être chantés à part; il peut donc véritablement être mis au nombre des chansons populaires de l’Archipel. Or, à ce titre, il appartient directement à cette collection; et forme bien d'ailleurs ce que l'on pourrait appeler, avec les Grecs, une chanson d’expatriation, de départ, etc. J'ai pensé en outre que, pour mieux apprécier celles des chansons de ce genre qui sont vraiment et de tout point populaires , il pourrait être agréable au lecteur
d’avoir sous les yeux, comme terme de comparaison, une pièce du même genre, mais d’un caractère et d'un ton un peu différents. Il n’y a sans doute, dans la pièce que je donne ici, dans cette intention, ni beaucoup d'art, ni beaucoup de prétention. Toutefois elle est l'ouvrage d’un homme qui n'était pas sans instruction, ni sans culture ; d’un homme qui avait lu Homère, Virgile et l'Arioste, et prenait quelquefois à tâche de les imiter. Le rapprochement entre des rhapsodes parfaitement ignorants et illettrés, et le poète que je viens de dire, ne sera pas à l'avantage de ce dernier; et encore, serait-on en droit de soupçonner qu'il a emprunté des véritables chansons populaires de son époque les meilleurs traits du morceau que l'on va lire.