‹ Chants populaires de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 81 sur 146 · DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITEUR

Dans ces morceaux, je me suis .borné à substituer l'orthographe autorisée et fondée sur l’étymologie à l'orthographe libre et, pour ainsi dire, iridividuelle des premiers copistes. J'ai respecté soigneusement tous les idiotismes, jusqu’à ceux qui peuvent ne paraître que de pures erreurs ou de pures négligences populaires, persuadé qu'en général tout idiotisme a sa raison logique ou historique, toujours curieuse et souvent utile à observer. Quant au commun des pièces de ce recueil dont le dialecte ne se distinguait par rien de particulier, ou dont l'origine ne m'était point connue, je n’y ai point mis tant de scrupule : j'ai tâché de les donner, comme celles de la collection précédente, avec le genre et le degré de correction qu’exige la langue usuelle; et j'ai rétabli dans l'orthographe les désineñces grammaticales qui disparaissent ordinairement dans la rapidité de la prononciation.

Dans les cas où, pour composer le texte d’une pièce, j'ai eu à choisir entre les différentes leçons de diverses copies, Je me suis toujours décidé pour celles de ces leçons qui en elles-mêmes me paraissaient les plus convenables ou les plus belles, sans songer à deviner quelles pouvaient être celles de l’auteur. Des compositions du genre de celles-ci, qui ne s’écrivent jamais, qui ne circulent et ne durent qu’à l’aide de la mémoire, et

cela chez un peuple éminemment doué par la nature de la faculté de sentir et de parler poétiquement, ne peuvent point avoir de texte fixe. À mesure qu'elles se propagent de lieu en lieu et d'époque en époque, elles doivent nécessairement subir dans la diction, et même dans les idées, des variations auxquelles elles gagnent aussi souvent qu'elles perdent.

Pour ce qui est de la traduction des pièces suivantes, j'ai persisté dans le système de stricte exactitude auquel je me suis attaché précédemment. Si je m'en suis quelquefois écarté, c'est dans des passages obscurs ou singuliers, qui, rendus à la lettre, n'auraient pas été intelligibles. On verra aussi que j'ai été forcé de recourir un peu plus souvent à la ressource des additions intercalaires, pour adoucir un peu les sauts les plus brusques d'un style qui, pour le goût européen, n’est presque jamais suffisamment développé.

En songeant à me procurer de nouveaux mônuments de la poésie nationale des Grecs, je ne pouvais pas négliger de chercher des renseignements sur les faits auxquels ces monuments ont rapport; et cette partie de mes recherches n’a pas été non plus infructueuse. Si je n'ai point appris à beaucoup près tout ce que j'aurais besoin de savoir sur un sujet auquel je me suis singulièrement affectionné, j'ai néanmoins appris plus

ΡΕ L ÉDITEUR. 3x1 que je n'avais droit d'espérer hors de la Grèce. C’est particulièrement en ce qui concerne l’histoire des Armatoles et des Klephtes que j'ai été favorisé par le hasard. Α Venise et à Trieste, j'ai rencontré des Grecs qui ont eu des relations mtimes et suivies avec divers capitaines renommés , surtout avec ceux du nord de la Morée , de l’Étohe , de la Lavadie, et des extrémités méridionales des monts Agrapha. J'ai appris d'eux beaucoup de particularités intéressantes et nouvelles pour moi sur lorganisation des Klephtes, leur caractère, leurs idées, leur maniere de vivre et de faire la guerre. J'ai obtenu de même des renseignements biographiques curieux et dignes de foi sur un assez grand nombre de chefs de bande, tant de ceux dont j'ai déja parlé, que de ceux qui m'étaient jusqu’alors iuconnus. °

Toutefois, c’est sur ce dernier point que j'ai eu le moins de satisfaction , et rencontré le plus d'obscurités et d’incertitudes. J'avais eu déja l’occasion d'observer le vague et le peu d'accord des traditions populaires de la Grèce sur les chefs de bande les plus fameux; et j'ai achevé depuis de me convaincre de la difficulté d'apprendre sur ces hommes singuliers quelque chose de complet ou de suivi. Il n’en est presque aucun sur lequel je n’aie entendu des récits très-divers, quoique faits par des personnes également dignes de foi,

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