‹ Chants populaires de la Grèce moderneChapitre 65 sur 194 · LA SOUMISSION DE GARDIKI · texte numérisé non relu

LA SOUMISSION DE GARDIKI

Coucous, ne chantez plus; oiseaux, soyez muets; — pauvres Albanais, affligez - vous tous : — Argyrocastron s’est soumis, et Khoumelitsa de même, — mais Gardiki ne s’est point soumis, et ne veut point se soumettre : — il préfére la guerre; il aime mieux combattre. — Ali pacha, dès qu’il apprend, s’en courrouce fort ; — il se met à écrire un boiïourdi; (il l'écrit) de sa main droite : — « À toi Ilousouph Kékhaïa, à toi, Iousouph Arabe : — dès que tu auras vu ma lettre, dès que tu auras vu mon boïourdi, — je veux Demir ( Dost) vivant, lui et ses enfants; — et je veux Moustapha pacha , avec toute sa famille. » — «Avec plaisir, mon maitre, (avec plaisir, ) je ( vais et) vous les πιέῃθ..... »

οωώωον νου ωωωωωνον συν συ ουσ LLLL LVL D LR VER ου ων ωσωσωννων

J ‘ESPRRE que plus d'un lecteur me saura gré d'avoir ajouté à ce recueil la pièce suivante, déja célèbre et populaire , parmi les Grecs, même avant de devenir leur hymne de guerre contre les Turks, et d'acquérir par là une importance historique, indépendante et bien audessus de son mérite poétique.

Rigas , l'auteur de cet hymne , était de Vélestinos en Thessalie. Ayant reçu une éducation libérale, il suivit d'abord la carrière de l'enseignement, et fut professeur de grec ancien et de français à Bucharest. Il était dans toute la ferveur de la jeunesse, lorsque le bruit de la révolution française pénétra en Grèce, et fit sur lui une impression qui décida de son sært. Né avec une imagination très-vive, avec une grande susceptibilité d'enthousiasme , il s'enflamma aisément pour les idées de patrie , de gloire et de liberté, et n’eût bientôt plus qu'un rêve, celui de la restauration morale et politique de la Grèce; plus qu’une affaire, celle de concourir de toutes ses facultés à cette restauration. Beaucoup de ses compatriotes étaient animés des mêmes sentimens : quelques-uns des plus courageux et des plus

riches se concertérent avec lui, et s engagèrent à seconder de us leurs moyens ses plans patriotiques.

Il connaissait trop bien la Grèce, et le poids que mettraient dans ses moyens la bravoure et les forces des capitaines de Klephtes, pour négliger de s'assurer de leur secours. Il se mit donc à chercher dans leurs montagnes, dans leurs postes d'Armatoles, partout enfin, où il pouvait espérer de les rencontrer , les plus renommés et les plus puissants d'entre eux. Il les entraina par ses discours , et leur fit promettre de prendre les armes pour la délivrance de la Grèce, au signal qu'il en donnerait.

Ces premières dispositions faites, ilse rendit à Vienne, avec cinq ou six des conjurés les plus dévoués, pour s'y occuper d'autres préparatifs également indispensables au succès de la conspiration, et trop difficiles ou même impossibles en Grèce. Ce fut là qu'il composa et fit imprimer un petit recueil d’hymnes destinés à réveiller, dans l'ame des Grecs, l'amour de la patrie, le besoin de l'indépendance, et l'indignation d'être opprimés par les plus durs et les plus incorrigibles des barbares. Rigas se donna toutes les peines , employa toutes les ruses imaginables , et fit beaucoup de dépenses, pour envoyer et répandre ce petit vulume, parmi les Grecs ; il y réussit peu : la plupart des exemplaires furent arrêtés sur les frontières ; et ce ne fut que par des hasards heureux, qu'il en pénétra quelques-uns en Grèce. Mais il n’en fallut pas davantage pour que l'effet sur ἴεquel l'auteur avait compté fût produit; il y eut bientôt une infinité de copies à la main de ces hymnes patriotiques ;

et tant d'hommes les surent par cœur qu'il importait peu désormais qu ils fussent imprimés ou non.

Un autre travail de Rigas, également relatif à sa grande entreprise , et dont 1] s'occupa de même à Vienne, fut celui d'une carte topographique de la Grèce qu'il dessina et fit graver sous ses yeux ,. et qui, malgré toutes ses imperfections, n'en passe pas moins , en son genre, pour un monument distingué de patience et d'instruction.

Malheureusement Rigas n'avait pas à beaucoup près autant de prudence que de zèle : le bien qu'il pouvait faire par ses lumières , par son activité et son désintéressement, il était toujours prêt à le compromettre par son humeur pétulante et fanfaronne. Ce qu'il avait fait, faisait ou allait faire, tout le monde le savait, sans en excepter l'ambassadeur turk à Vienne, qui du reste n'y fit pas grande attention : c'était un Turk indolent et superbe, qui ne comprenait guère quel mal pouvaient faire au sublime Sultan les réveries d’un codja grec. Mais des dénonciations plus graves parvinrent au divan , qui les comprit mieux. Rigas et ses compagnons furent demandés par lui, rendus et décapités dans la première ville turke où 16 entrèrent au sortir de l'Allemagne , c'est-à-dire à Belgrade. Heureusement pour beaucoup de braves Grecs, à ses nombreuses imprudences, Rigas n'avait pas ajouté celle de laisser aucun écrit capable de compromettre les conjurés de l'intérieur , et il brava avec un courage admirable les tortures par lesquelles on essaya de lui arracher leurs ñoms.

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