‹ Chants populaires de la Grèce moderneChapitre 93 sur 194 · MANUEL ET LE JANISSAIRE · texte numérisé non relu

MANUEL ET LE JANISSAIRE

« O Manuel, mon bel homme, mon bon enfant, — quoi? tu as une femme si belle, et tu πες point joyeux!»—«L'as-tu (donc) vue, janissaire, la connais-tu?» — «Je l'ai vue, je la connais et l’aime.» —« Si tu l’as vue, si tu la connais et si tu l’aimes, — comment était-elle vêtue, et quelle était sa coiffure?» — « Blanche était sa robe, rouge était sa coiffe.» — (Lors) Manuel ivre (s’en va), et tue sa femme : — le lendemain, désenivré, il l'appelle : — « Léve-toi, ma reine; lève-toi, ma belle; change ‘de robe) : — lave-toi, pare-toi, et vas à la danse, — pour que les jeunes braves te voient, et δὲ- ‘bent d'amour ; — pour que je te voie aussi, moi auvret! et que je me réjouisse. » b

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O BEBPOZ ΚΑΙ O ΜΑΥΡΟΣ TONY.

» Σύρε, σκάψε μὲ τὰ νύχια, » Mè τ) ἁργυροπέταλά σου, » Κ᾿ ἔπαρέ µε μὲ τὰ δόντια, » Ρίξε µε µέσα 'σ τὸ χᾶμα.

» Étape καὶ T' ἅρματά µου, D» Na τὰ πάγης τῶν dv pou:

» Éxape καὶ τὸ μαντύλι,

ο» Na τὸ πάγης τῆς καλῆς µου, » Na μὲ χλαῦ, ὅταν τὸ βλέπη,

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VEVROS ΕΤ SON CHEVAL.

À Vardari, à Vardari, — dans la plaine de Vardari, — Vévros, las! était gisant; — et son cheval moreau lui dit: —« Léve-toi, mon maïtre, et cheminons ;— (voilà) notre compagnie (qui) s'en va.» — « Je ne puis cheminer, (mon) moreau;— je vais mourir. — Viens, creuse (la terre) avec tes pieds, — avec tes fers d'argent; — enlève-moi avec tes dents, — et dans la terre jette-moi, — puis prends mes armes; — porte-les à mes proches : — prends aussi mon mouchoir — et le porte à ma belle (amie), — pour qu’elle me pleure en le voyant...»

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Va c1 la chanson la plus longue et peut-être la plus distinguée de ce recueil, non pour le sentinent ou l'idée, mais pour la vigueur et l'éclat des détails. Un Grec que l’on peut, si l'on veut, se figurer sous le costume chevaleresque, et servant à la cour ou dans les armées de quelque prince étranger, a laissé dans son pays une maitresse qu'il adore toujours; et la malheureuse a été enlevée par un Turk qui veut la contraindre à l'épouser. Averti par ses pressentiments du péril de sa bien aimée, le chevalier grec part en toute hâte pour la délivrer : il arrive au moment où elle allait devenir la femme de son ravisseur musulman, l'enlève à son tour, et s'enfuit avec elle. Voilà tout le sujet de la pièce, dont la composition présente des obscurités et des hardiesses bizarres.

La plus saillante, c'est que le récit de l’action qui est d'abord à la première personne, dans la bouche du héros , continue à la troisième personne au nom du poète. Ce mélange de formes, dont on a déja pu observer d'autres exemples dans ce recueil, étonne ou choque un peu notre goût; mais 1l est tout à fait indifférent pour

des imaginations très-vives et très-mobiles, comme celle des Orientaux et des Grecs.

ΠΤ a aussi dans la pièce un incident caractéristique, sur lequel il se présente une observation à faire. Quand ce pauvre chevalier grec qui sait qu'un Turk lui a ravi sa maîtresse, et que, pour ne pas la perdre, il a besoin d'être porté vers elle avec la rapidité de l'éclair , s’arrète à deux reprises, en chemin, pour le simple plaisir de causer d'abord avec un vieillard, puis avec une vieille femme, le poète a l'air d'être tombé dans une distraction, et de pécher contre la vraisemblance. Qu'il pèche contre la vraisemblance, cela se peut; mais ce n’est point par distraction : c'est, au contraire, par une intention réfléchie, très-rafinée, qui, juste ou non, mérite au moins d'être observée.

La piété filiale, la tendresse mem et maternelle sont, comme J'ai eu déja maintes occasions de le dire, des affections qui fournissent à la poésie populaire des Grecs plusieurs de ses thêmes favoris, et de ses allusions les plus touchantes ; et c'est encore un hommage solennel rendu à ces affections qu'il faut voir dans les traits de cette chanson dont il s'agit ici. Quelque presst qu'il soit de ravir son amante à un rival et à un infdèle, quelque incertain qu'il soit d'arriver à temps pour la sauver, le bon Grec ne peut se défendre du souhait de rencontrer en chemin son père et sa mère, ni de courir, en s’arrêtant pour les voir, les saluer et leur parler, un risque plus grand pour lui, que celui même de la vie. Telle a été, en cet endroit, l'intention du poète ; et certes! elle a quelque chose de profond et de touchant.

Pour ce qui est des beautés et des hardiesses d’expression qui se rencontrent presque à chaque vers, il serait trop long de les relever ici une à une; il suffira d'en signaler quelques-unes dans les notes.

Le grand nombre de mots particuliers à l'Archipel, ou aux contrées maritimes de la Grèce que l'on trouve dans cette pièce, ne permettent guère de douter que ce ne soit, en effet, dans quelqu'une des îles qu’elle a été composée. J'ai vu des Grecs qui l'avaient entendu chanter à Corfou et à Céphalonie, et aucun qui l'ait entendue sur le continent; ce qui n’est cependant pas une preuve qu'elle y soit inconnue, Je la crois l'une des plus anciennes de ce recueil.

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ὡς κάθουµουν καὶ ἔτρωγα εἰς µαρμαρένιαν ταῦκαν, Ô μαῦρός µου χλιμήντρισε, ῥάΐσε τὸ σπαθί µου. Κ᾿ ἐγ ἀπονοῦς µου τ’ὄννοιωσα, πανὸ ρεύουν τὴν χαλήν µου; Μ΄ ἄλλον ἄνδρα τὴν εὐλογοῦν, μ’ ἄλλον τὴν στεφανόνουν, Πανδρευαῤῥαθωνιάζουν την, x’ ἄλλον τῆς δίνουν ἄνδρα. Περνῶ καὶ πάω ᾿σ τοὺς μαύρους µου, τοὺς ἑθδομηνταπέντε' « Ποιὸς eiv” ἀπὸ τοὺς μαύρους µου, τοὺς ἑθδομηνταπέντε , » N° ἀστράψη 'σ τὴν ἀνατολὴν, νὰ εὑρεθῃ σ τὴν δύσιν ;° — Οἱ μαῦροι, ὅσοι +’ ἄκουσαν, δλ᾽ αἷμα χατουρῆσαν. Κ᾿ ἡ μαῦρες ὅσες Tr’ ἄχουσαν, ὅλες πουλάρια ῥᾷξαν. K’ ὄνας γέρος, γερούτσιχος χαὶ σαραντοπληγιάρης . « Εγώ εἶμαι γέρος x’ ἄσχημος, ταξείδια δὲν μοῦ πρέπουν: » Γι ἀγάπην τῆς καλῆς χυρᾶς νὰ μακροταξειδέψω, » Οποῦ μ) ἀκριθοτάγιζε a τὸν γῦὔρον τῆς ποδιᾶς της. » Οποῦ μ ἀχριθοπότιζε 5 τὴν χοῦφταν τοῦ χεριοῦ της. ---- Στρώνει γορχγὰ τὸν μαῦρόν του, γορχὰ καθαλλικεύει.

« Σφίξε τὸ χεφαλάχι σου pe” ἐννεὰ πηχῶν μαντύλι,

Comme j'étais assis et mangeais à (ma) table marbrine, — voilà mon moreau (qui) hennit; voilà mon épée (qui) craqua; — et je compris, (par là), dans mon esprit, que l’on mariait ma belle; — qu'on l'avait fiancée, qu’on la donnait à un autre hommie; — qu'on la bénissait avec un autre, qu'avec un autre on la couronnait. — Je me lève, et m'en vais à mes moreaux, à mes soixante et quinze ({moreaux), — « Quel est celui de mes moreaux, de mes soixante et quinze (moréaux), — qui peut, en un éclair qu'il fait du pied dans lorient, arriver dans l’occident? » — Tous les moreaux qui m'entendirent urinérent le sang; — toutes les cavales qui m’entendirent avortèrent. — Mais un vieux, un tout vieux ( cheval ), ayant une multitude de plaies, (répondit): — « Je suis vieux , (je suis) laid, et les voyages ne me conviennent plus. — ( Cependant encore un voyage.) un grand voyage, je le ferai pour l'amour de ma belle maîtresse, — qui me choyait, me donnant à manger dans son tablier ; — qui me choyait, me donnant à boire au creux de sa main.» — Et

» Καὶ θυμηθῷ τὴν νεότην µου, καὶ xd’ ὡσὰν πουλάρι,

» Καὶ σπείρω τὰ μυαλούλια σου ’a ἐννεὰ πηχῶν χωράφι. » Δίνει βουτσιὰν τοῦ μαύρου του, καὶ πᾷ σαράντα μίλια" Καὶ µεταδευτερόνει το, xai πᾶ σαρανταπέντε.

« Θεέ! νὰ θρῶ τὸν χύρην µου ᾿σ Tr ἀμπέλι νὰ κλαδεύη!---- Σὰν Χριστιανὸς τὸ ἔλεγεν, σὰν ἅγιος ἐξαχούσθη ,

Καὶ εὕρηχε τὸν χύρην του ’o τ’ ἀμπέλι va χλαδεύη -

» Μ᾽ ἄλλον ἄνδρα τὴν εὐλογοῦν, 1’ ἄλλον τὴν στεφανόνουν.---- Q Tia! méç pou, πές µου, γέροντα, φθάνω τους ςὺ τραπέζι; »- « ἂν ἔχης μαῦρον γλίγωρον, φθάνεις τους ᾿σ τὸ τραπέζι -

«Θεέ { νὰ 6pù τὴν µάνναν µου ᾿σ τὸν κῆπον νὰ ποτίζη! » — Σὰν χριστιανὸς τὸ ἔλεγε, σὰν ἅγιος ἐξακούσθη.

Εὔρηχε χαὶ τὴν µάνναν του, 'σ-τὸν χῆπον νὰ rotin

vite il selle son moreau, vite il se met en selle : — « Oh! serre bien, (mon maître,) serre bien ta chère tête avec un mouchoir de neuf aunes, — et garde toi de faire le cavalier fringant, de te servir de l'éperon; — il me souviendrait de ma jeunesse ; je ferais encore le poulain , — et semerais ta cervelle sur neuf toises de champ.» — Il donne un coup de houssine à son moreau, et fait quarante milles; — il en donne un second, et fait quarante-cinq milles; — et, sur le chemin , tout en allant, il priait Dieu : — « Mon Dieu, fais que je trouve mon père dans notre vigne taillant! » — Comme un chrétien il avait parlé; comme un saint il fut exaucé : — il trouva son père dans la vigne taillant :—« Bon jour, vieillard, à qui est cette vigne? »— «(C'est la vigne) du malheur, de la douleur; (c’est la vigne) de mon fils Jean.— L'on donne aujourd’hui un autre époux ὰ sa belle : — on la bénit avec un autre, avec un autre on la couronne. »-—+Obh! dis-moi, vieillard, dis-moi, les trouverai-je encore à table?» — « Si tu as un morean très-vite, tu les trouveras encore à table : — si tu n'as qu'un bon moreau, tu les trouveras au moment d’être bénis.» —Il donne un coup de houssine à son moreau, et fait quarante milles; — il en donne un second, et fait quarantecinq milles. — Et sur le chemin, tout en allant, il priait Dieu : — «Mon Dieu, fais que je trouve ma mére, dans notre jardin arrosant !» — Comme un chrétien il avait parlé, comme un saint il fut exau-

« Καλῶς τὰ κάνεις, γραῖά µου | καὶ τίνος εἶν à χῆπος:«--- « Tic ἐρημιᾶς, τῆς σκοτεινιᾶς, τοῦ υἱοῦ μου, τοῦ lavé. » Σήµερα τῆς χαλήτσας του, ἄλλον τῆς δίνουν ἄνδρα,

«Κόρη µου, ποιὸς σοῦ ὁμιλᾶ; καὶ ποιὸς σὲ συντυχαίνει: ---- « Είναι ὁ πρῶτός μ᾿ ἀδελφὸς, μοῦ φέρνει τὰ προιχία. » ---- « Ἂν AV” ὁ πρῶτός 6” ἀδελφὸς, ἔθγα νὰ τὸν χεράσης *

« Δεξιά µου στέχα, Auyeph, ζερθιὰ χέρνα µε, κόρη.» ---- Κ᾿ 6 μαῦρος ἐγονάτισε, x’ à κόρ᾽ πάν) εὑρέθη.

cé : — il trouva aussi sa mère, dans le jardin, arrosant : — « Bonjour, (bonne) vieille; à qui est ce jardin? » — « ( C’est le jardin) du malheur, de la douleur; ( c'est le jardin) de mon fils Jean. — On donne aujourd'hui un autre époux à sa belle ; — on la bénit avec un autre, avec un autre on Ia couronne. — « Oh! dis-moi, (bonne) vieille, dismoi, les trouverai-je encore à table? » — « Si tu as un moreau tres-vite, tu les trouveras encore à table; — si tu πας qu’un bon moreau, tu les trouveras au moment d’être bénis. » — Il donne un coup de houssine à son moreau, et fait quarante milles; — il en donne un second, et fait quarantecinq milles. — Le moreau s'est mis à hennir; et Ja fiancée l’a reconnu. —«Quel est celui qui te parle, ὁ ma belle, celui qui converse avec toi?» —«C'est mon frère aîné qui apporte ma dot.» — «Si c'est ton frère aîné, sors et verse-lui à boire : — si c’est ton premier amant, je sors, moi, et Je le tue. » — « C’est mon frère aîné qui apporte ma ἀοῖ.» — Elle prend une coupe d'or, et sort, pour verser à boire au (cavalier). —« Tiens-toi à droite, Ô ma belle, et donne -moi à boire à gauche.»—Le moreau a ployé les jambes et la belle est dessus : — il court comme le vent; et les Turks saisissent leurs mousquets. — Mais ils ne virent ni le moreau, ni sa poussière. — Celui qui avait un moreau rapide vit la poussière; — celui qui n’avait qu'un bon moreau, ne vit pas même la poussière.

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