LA BICHE ET LE SOLEIL
Au clair de lune, toute une nuit triste et solitaire, et le malin avec la rosée, jusqu'à ce que le soleil la dissipe, les cerfs courent dans les montagnes, et les faons avec eux ; une biche désolée ne va pas avec les autres ; elle ne se promène que sous l'ombre la plus épaisse, se couche à part ; et, si elle trouve une eau limpide, elle la trouble avant d'y boire. Le soleil la rencontre, s'arrête et la questionne.
— Ma biche, qu'as-tu? pourquoi ne vas-tu pas avec les autres? Pourquoi te promener sous l'ombre épaisse et te coucher à pari?
— Mon soleil, puisque tu me le demandes, je vais te le dire : J'ai passé douze années dépourvue de faon; mais après ces douze ans, j'en obtins un. Je l'ai nourri, je l'ai élevé, j'en ai joui deux ans. Voilà que le chasseur le rencontre, tire et le tue. Malédiction sur toi, chasseur, et sur tout ce que tu aimes ! C'est toi qui m'as privée de mon enfant et de mon" mari.