‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 112 sur 187 · LES PLAINTES DE LA MÈRE · texte numérisé non relu

LES PLAINTES DE LA MÈRE

Celui qui veut entendre des •gémissements et de tristes complaintes, qu'il aille aux châteaux de la Morée, et dans les quartiers de la ville, où la mère pleure l'enfant, et Tenfant la mère. Assises à leur fenêtre, elles considèrent la mer, se tourmentent comme de petites perdrix, se déplument comme des canes ; leurs habits sont devenus noirs comme les ailes du corbeau. Elles regardent venir les canots, les navires arrivés :

— Navires, canots, et vous barquettes, n'avez-vous pas vu lanni, lanni mon fils ?

— Si je l'ai vu ou rencontré, comment le pourrais-je savoir? Donnez-moi son signalement. Peut-être que je le connais.

— 11 était grand, élancé, droit comme un cyprès. Il avait au petit doigt une superbe bague, mais plus que la bague brillait le doigt.

— Hier au soir nous l'avons vu sur les sables de Barbarie, des oiseaux blancs le mangeaient; des noirs l'entouraient. Un oiseau, un bon oiseau ne voulait pas manger ; et celui-ci lui disait de ses lèvres mourantes : « Mange, « oiseau, bon oiseau, des épaules d'un brave, pour que « ton aile grandisse d'une aune, et ta griffe d'un empan. « j'écrirai sur tes ailerons trois lugubres billets, l'un à ma « mère, l'autre à ma sœur; le troisième, le dernier, qu'il « soit pour mon amie! Ma mère lira le sien, et ma sœur •( pleurera; ma sœur lira le sien, et mon amie pleurera; « mon amie lira le sien, et le monde entier pleurera. »

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