‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 154 sur 187 · LE PETIT CHAT · texte numérisé non relu

LE PETIT CHAT

Voyez-vous, mon amour, le petit chat jouer sous la table avec un petit chiffon entre ses griffes?

Voyez- vous comme il le caresse tendrement, le tient, le secoue, le mord, le quitte et le reprend?

Voyez-vous comme il le lance au loin, et court aussitôt le rattraper : comme il se couche et se roule avec lui ; puis, enfin, comme il saisit l'innocent chiffon et le met en pièces ?

Vous êtes le petit chat et je suis le petit chiffon que vous ballottez incessamment dans vos mains.

Je n'ai de vous que les affronts et les malices, les vraies malices dont vous m'accablez. Vous m'en faites une, je me fâche; une autre et je me repens.

Tantôt vous m'excitez et me calmez; tantôt vous êtes toute méchante; et, bientôt après, toute doucereuse.

Avec ces cajoleries, vous me tuez. Vous me dites oui, et vous n'accordez pas.

Vous m'enflammez et m'éteignez; vous me dites : Va-fe7i, et vous me retenez près de vous.

0 mon enjôleuse déesse, jouez donc, jouez avec mon cœur, jusqu'à ce que par ces façons vous l'ayez tout à fait brisé.

seui:n.\di:s, chants p.adins. 143

MADAME MÂRIORA

— Ah ! madame Mariora, votre mari a faim. —

« Eh! s'il a faim, que m'importe? La danse me plaît (( par-dessus tout. Quand je déchirerais mes souHers, je .( ne quitterais pas la danse. — Le pain est sur la planche <( du grenier; qu'il aille en prendre, s'il lui plaît ! »

— Ah! madame Mariora, votre mari a soif. —

« Eh ! s'il a soif, que m'importe? La danse me plaît par- « dessus tout. Quand je déchirerais mes souliers, je ne H quitterais pas la danse. — L'eau est dans la cruche; H qu'il aille en prendre, s'il en veut! »

— Ah! madame Mariora, votre mari expire. —

« Eh ! s'il expire, que m'importe? La danse me plaît M par-dessus tout. Quand je déchirerais mes souhers, je « ne quitterais pas la danse. — L'encens est dans le cor- '( net de papier, et la lampe pend au clou. »

— Ail ! madame Mariora, votre mari est mort. —

u Eh! s'il est mort, que m'importe? La danse me plaît « par- dessus tout. Quand je déchirerais mefe souHers, je (' ne quitterais pas la danse. — Que les pleureuses le pleu- (( rent! et que les prêtres viennent l'enterrer! »

WIIl

LE .lErNE LUTIN

Vous que l'amour a nourri de son lait, me direz-vous si j'ai encore à souffrir d'autres tourments?

J'ai aimé une petite fille, toute petite et tout enfant, étourdie comme une hirondelle, belle comme une perdrix.

Voilà deux ans qu'elle me tient et me tourmente;

Elle ne me veut pas près d'elle et ne me permet pas de m'éloigner.

Je lui dis : « Viens, viens, mon petit ange. » Elle me répond : « Crève, crève, mon petit démon. »

Je lui dis que je l'aime, elle me ferme la bouche; je la prie de m'aimer, elle se fâche.

Je parle, elle reste muette; je me tais, elle m'assourdit.

Je ris, elle s'emporte; je m'emporte, elle s'apaise.

Grands dieux! quelle rage quand je parle à quelque autre! et quels soupçons si je me tais alors!

I^n dépit de moi et même en dépit d'elle, elle a l'amour au cœur et la colère au visage.

Sans doute, sans doute, elle m'aime, cette petite furie! Pourquoi, quand je m'en vais, court-elle après moi?

Pourquoi fait-elle semblant de dormir afm que je la

regarde? Comment essaye-t-elle de tomber pour que je la relève?

Quand je lui dis : Prenez ceci; elle me refuse et fronce les sourcils; si j'essaye de le garder, alors elle le saisit et le prend.

Je la poursuis, elle fuit; si je fuis, elle me poursuit; elle entre avant que j'entre; elle sort avant que je sorte.

Elle fait mine de s'en aller et elle est toujours devant moi.

Si je viens, elle dit : « Va-t'en; » si je m'en vais : « Où vas-tu, mon amour? » —

Si je dors, elle me veille de près toute seule; je me réveille et veux la retenir, elle s'échappe comme un éclair.

Si je regarde ailleurs, elle me fixe dans les yeux; si je me retourne pour la regarder, elle retire son regard.

Elle m'exerce ainsi par les plus étranges caprices, et me cause chaque jour les mômes chagrins.

« Ce n'est pas ta faute, mon petit! c'est moi, sur mon <.( âme, c'est moi qui suis venue si jeune t'abreuver d'ace mer lûmes. »

Il est vrai que sa bouche sentait encore le lait. . .

Que voulez-vous? je n'ai pas trouvé à aimer de plus grandes filles.

246 CHANTS D'AMOm tT HK DANSL

I/ÏNDKCISÏON

« Doux jeunes filles m'aiment à la fois et je les aime (( aussi. Laquelle choisir des deux, et laquelle quitter? En « vérité, je n'en sais rien.

(( L'une a les yeux noirs et me brûle jusqu'au fond du « cœur; l'autre a des yeux bleus et des cheveux blonds.

« J'ai pris la fille aux yeux noirs, qui est blanche et (( grasse, pour passer avec elle l'hiver, quand il y a tant n de neige.

« Je prends aussi la fille aux yeux bleus, qui est brûlée '( du soleil et maigre, pour l'été, quand il fait si chaud.

flf Voyons, mes petites demoiselles, vous êtes belles « toutes les deux : décidez vous-mêmes; mais surtout dé- « cidez promptement.

« Car la beauté se tlétrit comme les roses de mai; elle (( ne revient plus et s'en va ailleurs.

« Celui qui sait aimer n'a pas besoin d'y regarder de (( si prés ni d'observer la différence des traits des beaux « visages.

« Que me font à moi l'hiver ou l'été, la grasse ou la (( maigre? L'amour, en été comme en hiver, n'est-il pas « toujours l'amour? »

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