‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 175 sur 187 · CII · texte numérisé non relu

CII

Celui qui montre son amour est tantôt vert comme l'herbe et jaune comme le citron ; et le malheureux n'a plus ni bras ni jambes.

Quel cœur de fer peut résister au chagrin de ne t'apervoir qu'une fois par mois pendant toute une année ?

J'éprouve à mon tour l'infortune ; je l'éprouve sans l'avouer. Qu'y ferait l'aveu ? Je me soumets et je souffre.

Ils disent tout ce qui leur plaît. Âh! qu'ils le disent! qu'importe! si tu ne cesses de m'aimer '.

Jeune fille, dis à ta mère d'accoucher encore luie fois, afin que ta sœur en brûle un autre, comme tu m'as consumé.

J'ai rêvé que notre amour était comme un jardin qui portait des fleurs et des fruits dont je te faisais hommage.

Mais maintenant que nous nous sommes séparés comme ces petits oiseaux qui laissent les plumes de leurs ailes sur les rameaux,

0 traitresse inhumaine, je dois te le dire en face : oui tes lèvres me disent une chose, et une autre est dans ton cœur.

N'allez pas croire, ô mes doux yeux, tout'ce qu'on vous dit de moi. Les femmes sont jalouses de vous, et les ^ hommes me veulent du mal. \

* Celle pensée et la précédente m'ont été données on grec ancien | par la princesse Costaki Mourusi qui aimait à les répéter, et qui me 1 les a fait voir frravées sur les cornalines de deux de ses haçues.

J'ai fait le serment solennel de ne plus te parler jamtiis; car, si je te raconte mes peines, je n'en suis que plus malheureux.

Dire hélas, c'est tout mon gain; gémir, c'est toute ma récompense; et bientôt à force de soupirs, mon âme va s'envoler.

J'aime les beaux lauriers et les grands arbres, parce qu'ils te cachent le soleil, et ne m'empêchent pas de te voir.

Tu as beau de dépit lever et baisser tes jolies pantouffles ; tu as beau être de fer, mon amour ne s'en va pas.

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Elle te jure avec serment qu'elle n'écoute que toi, et à ]

peine as-tu dépassé sa porte qu'elle prête l'oreille à un . ;

autre. )

Le temps de celte année je veux m'en souvenir. Nulle heure ne s'est écoulée qu'elle ne m'ait vu soupirer.

28t; hTSTTOrES VrHiAIRES.

Quand je chaule et que je lui dis le; chagrin qu'elle me | cause, il me semble que c'est de l'eau que je jette sur ma Itamme pour réleindre.

Tu m'as quittée, ô mon oiseau, Moi qui t'aimais en confiance, Et tu me laisses dans mon village Avec le désert ou la mort.

Je ne te demande, o ma belle, Ni de l'or, ni du miel, ni du lait, Mais seulement que tu me parles, f't même une seule fois.

0 mon charmant basihc !

0 mon œillet bien aimé !

Approche seulement ta joue De ma lèvre altérée.

Le limon s'est entrelacé Avec un rejeton de l'orange ; Ainsi me suis-je lié Avec une fille de Smyrne.

niSrinil-S VULCAlKhS. J87

Tout le monde voit que je t'aiiue, On le devine à mes soupirs ; Puisque treize fois par heure.

Mon âme invoque la mort K

* Ici, à la fatalité du nombre treize qui épouvante même en Grèce, se joint l'hyperbole do l'amour asiatique. J'ai eu ce distique à Brousse ;iux pieds du mont Olympe en Bithynie. Il était chanté au clair de lune sous les fenêtres des Piscines salutaires où êe réunissaient les baigneuses.

DISTIQUES

Chrysé, celui qui se fie à vos serments et qui croit à vos paroles cherche à prendre des lièvres dans la mer, et des poissons sur les montagnes. -

Mes yeux sont devenus noirs à force de regarder la mer; pour interroger les matelots qui arrivent, et courir ensuite au-devant de toi.

Le soleil s'est couché, la lune s'est levée; je n'aurais jamais cru qu'en si peu de temps ton amour se fût emparé de mon cœur. ,

Quand la mer tarira, quand les poissons sortiront de son sein, alors moi-même je détacherai mon amour de \otre personne.

La mer noircit; le flot revient au rivage. Ah î comme il y a longtemps que je t'aime !

Je veux aller à la fontaine de Serdikeui^ pour y boire son eau, et éteindre cet amour qui me consume depuis longtemps.

J'étais dans les eaux d'Angleterre quand j'ai reçu la lettre. Je l'ai mise sur ma tête; et j'ai dit : Mon cœur, c'est de la rosée pour toi.

* Serdi-Keul. C'est à celle même fontaine du village de Serdi, sur la rive européenne du Bosphore, au fond de l'anse si étroite et si pittoresque de Slénia, que se rendait assidûment le musicien aveugle auquel je dois une grande partie de ces distiques marins. Il y venait à l'heure où les matelots nisiotes, embarqués sur les vaisseaux à l'ancre dans la petite rade, renouvelaient leur provision d'eau, avant d'affronter les orages de la mer Noire. Il leur chantait pour quelques paras les distiques du continent; et il en recevait les disliques des îles qu'un jfune garçon, chargé de le guider et associé à son commerce de chansohs, écrivait à côlé de lui. J'ai encore sous la main l'informe copie que me céda l'adolescent, compagnon du moderne rapsode plus riche et plus heureux qu'Homère.

tii'O IMM lu ILS M AIILNS.

Lorsque je pense à toi, si je suis debout, je m'assieds, et si je suis sur mon coussin, je saute comme le poisson qui bondit sur la mer.

Je suis encore ici aujourd'hui, demain et samedi malin; mais dimanche je te quitte; bonsoir, ma pomme sucrée !

Je pars; pleurez-moi, mes amis; réjouissez-vous, mes ennemis; et vous, mes voisines, prenez le deuil. 1

XT I

J'en ai fait le serment devant la sainte mère du Sauveur: | si je ne vous épouse pas vierge, je vous épouserai veuve *. \

\ii ■.

Votre visage est blanc et poli comme le papier anglais j sur lequel Cochrane-, pour en rire, écrit les arrêts du suhan. i

Mit

Antoine^, notre capilainej notre jeune pallicarc, s'est montré lion dans la bataille d'icarie.

' E ti voglio, o car a diva.

Morta, senonpossoviva.

[C.hamon corse.) ""■ Uamiral Cochrane, venu au secours de la Grèce. ^ Antoine Criésîs, l'un des héros de la campagne navale de 182 i.

DISTIQUE^ MARIAS. 2<Jl

Tu es d'un côté, et moi de l'autre : donnons-nous les mains, afin que nos ennemis ne puissent nous séparer avec leurs poignards.

Mon pauvre cœur est fermé comme la porte de Chania ^ Il ne s'ouvre pas, et ne rit plus comme il riait jadis.

Les yeux noirs me tuent : les yeu\ bleus me font mourir; pour une petite brune je fends la terre et je ressuscite.

0 ma lumière, vous avez des yeux noirs, noirs comme l'olive *: celui qui peut les baiser tendrement ne craint plus la mort.

Je n'ai vu que toi, je n'ai aimé que toi; seule tu t'es emparée^de mon esprit; je me suis entortillé dans tes filetSj et tu as fait de moi ton captif.

* Chania, la Canéc^ ville forliiiôe de la CrèlC:

* L'olive noire. C'est l'olive conservée, nouti iUuc lialjiUiclic ilu nlaielot grec. *

Ce qui me plaît le plus de ton visage, ce sont tes yeux, Car ils sont à la fois l'étoile du matin et la lune.

Que la mer n'est-elle une vigne avec tous ses pampres, où chaque petit pampre verserait des flots de vin !

XXÎ

Je suis l'enfant de l'éclair, le fils du tonnerre; quand je veux, je fais des éclairs, je gronde; et je fais neiger quand je veux. '

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