‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 21 sur 187 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

DES Gl'ERRES CONTRE ALI-I'ACHA

ÉLOGE DE SOILI

Un pelit oiseau s'est placé sur le haut du pont; il fait sa complainte et parle. 11 dit à Ali-Pacha :

— Ce n'est point ici lannina ^ pour y hâtir des jets d'eau. Ce n'est pas ici Prévésa^ pour y hâtir des citadelles; c'est ici le célèhre Souli, SouH le renommé; où comhattent les petits enfants, les femmes et les jeunes filles. Où se bat la femme de Tsavellas 5, le sabre à la main, un fusil dans l'autre; son enfant sur son sein et les cartouches dans son tablier, elle marche en avant.

* Imîrtina, capitale de TÉpire; résidence d'Ali-Pacha. - Prévésa, ville à l'eiilrée du golfe d'Ambracie, où Ali-Paclia vena de construire le forl Saint^Gcorges.

^ La femme de Tsavellas, la célèbre Moscho.

LAMBROS TSAVELLÂS

Une femme de pappas crie d'Avarikos : « Où êtes-voiis, « enfants de Lambros, et vous, Botsariens? un gros nuage « approche, infanterie et cavalerie : ils ne sont pas un, ils « ne sont pas deux; ils ne sont ni trois ni cinq; ils sont de « dix-huit à dix-neuf mille. » — Qu'ils viennent, ces mauvais Turcs ! ils ne nous peuvent rien. Qu'ils viennent, ils verront la guerre et les mousquets de Souh. Ils feront connaissance avec le sabre de Lambros, la carabine de Botsaris, les armes des femmes de Souli et de la célèbre Chaise Au début de la bataille, quand la fusillade s'allume, Tsavellas crie à Zervas et à Botsaris : « Voici l'heure du « sabre, que le fusil s'arrête. » Botsaris lui répond de son poste : « Ce n'est point encore l'heure du sabre, » s'écrie-t-il; « restez sous vos abris; gardez les murs; car « les Turcs sont nombreux ; et nous sommes peu de Sou- « lioles. » Tsavellas dit alors à ses pallicares : k{ Quoi donc? « les attendrons-nous encore, ces chiens d'arvanites? » Alors, tous avec le sabre dont ils ont brisé les fourreaux, ils chassent devant eux les Turcs comme des moutons. Yéli-Pacha leur crie de ne pas tourner le dos; et ils répondent, les larmes aux yeux : « Ce n'est pas ici Delvino^, « ce n'est pas ici Yidin^. C'est le célèbre Souh, le Souli re- « nommé dans l'univers. C'est Lambros et son sabre teint « de sang turc, qui a mis en deuil l'Albanie entière, où les « enfants pleurent leurs pères et les femmes leurs maris. »

* Chaïs, amazone souliole.

^ Delvino, chef-lieu d'une division militaire turque dans la Cliaonlc.

' Vidin, sur la rive droite du Danube,

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