‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 35 sur 187 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

CHANTS HÉROÏOUES

L'HYMNE DE RIGAS

Jusques à quand, pallicares, vivrons-nous dans les dé- Iroils, isolés comme des lions dans les ravins et les montagnes? habitant les grottes, regardant les arbres, fuyant le monde dans notre amer esclavage, privés de nos frères, de notre patrie, de nos pères, de nos amis, de nos enfants et de tous nos proches?

Mieux vaut une heure de vie libre que quarante ans de servitude et de captivité. Que le sert de vivre si tu es esclave? Compte que chaque heure te soumet au martyre. Sois vizir, drogman ou prince, le tyran ne te fait pas moins périr d'une mort injuste. Tous les jours tu exécutes ses ordres ; et lui, il ne cherche qu'à boire ton sang. Soutzo, MourousijPélraki, Skanavi, Ghikas, Mavroghiéni,

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sont les miroirs où tu te vois ; des chefs courageux, des prêtres, des laïques, des agas même, sont égorgés par un glaive inique; et mille autres, Turcs ou Grecs, perdent, sans motif, leur fortune et leur vie.

Venez, en ce moment, d'une ardeur unanime, prêter serment sur la croix ; formons un conseil d'hommes éclairés par le patriotisme qui, en tout point, donne des ordres : que la loi soil le premier et l'unique guide! que la patrie ait un seul chef! car l'anarchie ressemble à l'esclavage; et les hommes, comme des animaux féroces, s'y dévorent entre eux.

Levons donc les bras vers le ciel, et disons à Dieu du fond du cœur : 0 Roi de l'univers ! c'est par toi que je le jure ; je ne me soumettrai jamais à l'arbitre des tyrans. Jamais je ne les servirai, ni ne m'en laisserai séduire. Jamais je ne marcherai dans leur voie; et, tantjque je vivrai dans ce monde, mon but unique et imperturbable sera de les exterminer. Fidèle à ma patrie, je briserai son joug, et ne me séparerai jamais de mon capitaine. Si j'enfreins mon serment, que le ciel gronde, me consume, et que je ne sois plus que fumée!

Au levant, au couchant, au midi, au. nord, n'ayons tous qu'un cœur pour la patrie. Bulgares, Albanais, Serbes et Grecs, des îles ou du continent, ceignons le sabre d'un élan commun pour l'indépendance. Qu'on apprenne partout que nous sommes braves ! que ceux qui savent l'art du combat accourent tous ici pour vaincre les tyrans! car c'est ici que la Grèce, les bras ouverts, les appelle; elle leur donne le séjour, la vie, les dignités, les honneurs.- Allez-vous rester officiers chez des rois étrangers? Non! devenez l'appui de votre propre race. Ne vaut-il pas mieux mourir pour la patrie que de suspendre, pour d'autres, à son épée, des glands d'or?

Souliotes, Maïnotes, lions renommés, jusques à quand dormirez-vous en paix dans vos grottes? Lionceaux de MavrovouniS grands aigles du mont Olympe, éperviers d'Agrapha. ne soyez qu'une âme; frères chrétiens de la Save et du Danube, paraissez, les armes à la main : que votre sang bouillonne d'une légitime colère ! grands et petits, jurez la perte des tyrans. Braves Macédoniens, élancez-vous comme des bêtes fauves, et épuisez d'un seul coup le sang des tyrans. Dauphins de la mer, dragons des iles, fondez comme l'éclair, et frappez l'ennemi. Oiseaux marins d'IIydra et d'Ipsara, il est temps d'écouter la voix de la patrie ; autant que vous êtes sur la flotte de dignes enfants, la loi vous ordonne de lancer le feu. D'un seul cœur, d'un seule pensée, d'une seule âme, frappez; que la racine du tyran périsse ! Allumons une seule flamme dans la Tur^juie entière; qu'elle coure de la Bosnie jusqu'en Arabie. Élevez la croix sur vos étendards; frappez l'ennemi comme la foudre. Ne vous informez pas s'il est fort. Le cœur lui bat, et il tremble comme un lièvre. Trois cents brigands lui ont montré que ses canons ne peuvent rien contre eux. Que tardez-vous ? êtes-vous morts? Béveille:^-vous ! plus (le partis, plus de haine. Comme nos ancêtres s'élancèrent tels que des animaux féroces, et marchèrent dans les flammes pour la liberté, de môme, frères, courons ensemble aux armes pour échapper à un rude esclavage. Egorgeons les loups qui maintiennent le joug, et osent l'appesantir sur les Hellènes ! Que la croix brille sur le continent et sur les mers! que la justice se montre! que l'ennemi disparaisse! enfin, que le monde échappe à ce cruel fléau; et désormais, frères, vivons sur la terre en liberté !

* Mavrovouni, montagne nou'e, capitainerie d'armatoles, en Thessalie.

U DITHYRAMBE DE RIGAS

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