CHANT DE COLOCOTRONI
Enfants des Grecs, qu attendez-vous? Aux armes! voici le jour. Jusques à quand vous arrêterez-vous chez l'étranger? Courez, arrivez, unissez-vous. La guerre est sainte. Notre espérance, votre salut, sont le fusil et le sabre. Avec eux viendra la liberté; avec eux l'ordre s'affermira.
Notre guerre ne rcssem])le pas aux guerres des rois épris de la gloire : Dieu et la nature nous la commandent. L'Evangile nous appelle contre les barbares musulmans. Nos tyrans nous ont ravi lois, coutumes, honneur, vie^ foi et vertu ; les odieux bourreaux !
* Le célèbre Théodore Colocotroni, né en ll70, à KamaVouni, dans l'ancienne Mcssénie, mort à Athènes en 1842. Li lecture de ses mémoires, publiés en 1851 sous ce titre : Le vieux Colocotroni, permet de deviner que le chant qui précède n'est pas de sa composition; il e.^l l'œuvre d'un poëte encore vivant qui s'est inspiré du personnage pour parler plus haut et se faire entendre plus loin.
Généreux Grecs! pourquoi tourner vos yeux vers le nord? Dans ce voisinage et dans celte foi commune, il n'y a qu'indifférence pour vos malheurs. Le trône dort d'un profond sommeil. Ces impitoyables souverains des Indes, foulant aux pieds l'Europe, ont ensorcelé tous les monarques, qui restent insensibles à nos maux.
Quand tous ceux qui occupent les trônes, comme des Turconmnes furibonds, soutiendraient le croissant et conseilleraient nos ennemis, ne craignez rien, la victoire est en vos mains. Nous briserons le joug, si nous mettons en commun nos forces, et que l'union soit notre guide.
Grecs, levez-vous!... Les Turcs égorgent! ils nous enchaînent et nous vendent. Pleins de rage, ils rugissent. La mort bouillonne. Ils brûlent, ravagent, pillent partout et se vautrent dans notre sang. Frères, que celui qui sent dans son cœur la fibre hellénique accoure avec ses armes pour verser le sang des Osmanlis!
C'est le sang des tyrans énergumènes, des ennemis mortels du Christ, des sauvages adversaires de Dieu et des lois, de ces peifides enragés. Frères, versez le sang des Turcs, des bêtes fauves. Vengez-vous, vengez-vous; voici l'heure. Réunissez-vous tous dans la patrie : le champ du combat est un sol sacié.
IXU
ANAKIS
lanaki S pourquoi donc es-tu si pâle et si changé? — « Enfants, puisque vous me le demandez, je vais vous le dire. Hier au soir j'ai vu dans mon sommeil, j'ai vu dans mes songes ma troupe se disperser, mon armée s'enfuir; et je suis tombé vivant aux mains des barbares de Bavière... — »
Il en eut deux mille derrière lui et mille par devant. Alors les magistrats lui disent et lui répètent : « Porte « témoignage contre Coliopoulos ^ et contre Coloco- « troni. »
— « Enfants, pour qui me prenez-vous? Qui? moi! faux témoin?... Alors je me suis révolté seul avec ma vieille capote. Soixante paras par mouton!... deux piastres pour un veau!... trois piastres pour un cheval!... Qui donc, grands dieux! pourrait supporter de tels impôts ? »
* Ce chant, qui se rapporte à un Grec de la Morée, fort peu connu, et à une levée d'impôts ordonnée en 1852 par la régence bavaroise, n'est placé ici, hors de sa date, qu'en raison du nom de Colocotroni qu'il a prononcé.
- Londos Coliopoulos, principal lieutenant de Colocotroni.
EXPÉDITION DE TOPAL-PACHA CONTRE IPSARA
Topal-Packa^ a été élevé en dignité dans le conseil des \ ministres, afin qu'il sorte et combatte à son tour. Le sul- \ tan Mahmoud lui dit avec joie d'aller prendre Samos et^ Ipsara. ^
Notre escadre, sortant du port, met aussitôt à la voile ] et arrive un soir à Mitylènc. Elle envoie une frégate frân- 1 çaise à Ipsara pour y annoncer Topal-Pacha. Celui-ci ex- i pédie des fermans pour qu'on ait à vider Ipsara et à em* \ barquer les enfants et les femmes. ■
Les Ipsarioles voulurent combattre et résister à la flotte des Turcs. Topal-Pacha ordonne à l'escadre do ; mettre à la voile et de jeter dans Ipsara des troupes. Il \ part un soir de Mitylène et arrive devant Ipsara avec le ï jour. Les Ipsariotes le voient arriver avec joie et s'assem- \ blent sur les remparts.
Toute la première journée, ils combattirent vaillani- j ment et furent vainqueurs ; la seconde journée se passe \ en traîtrises contre les malheureux Ipsarioles. Aidé de | la trahison de Cotta^ le fourbe, Topai a trompé Ipsara \ l'infortunée. Ce chien de Gotta fut un traître qui réduisit |
* Topal-Pacha, soit Méhémet Gazi, le vainqueur. i
^ Cotta, ou Goda. l'Illyrien, péril à Ipsara, qu'il avait Iraliie.
DE LA GUERRE DE L'hND-ÉPENDANCE. 99
en esclavage les femmes, les jeunes filles et les enfants.
Ceux qui échappèrent descendirent vers Syra et Spezzia, où ils s'établirent. Le Congrès ordonna qu'on les secourût et qu'ils se rendissent à Monembasie pour y séjourner.
Topal-Pacha écrit aussitôt à Constantino\)le au sultan Mahmoud qu'il est maître d'Ipsara.
Nouveau fernian du sultan à Topal-Pacha : Comme il a pris Ipsara, qu'il prenne Samos.
D'autres fermans vont en Anatolie pour vous, Beys de l'empire, afin que vous rassembliez une armée; et soixante- dix mille hommes réunis sont descendus vers le Dar-Bogas *.
Un courrier des Samiens arrive au Congrès ^ : ils demandent qu'on leur envoie la flotte pour sauver leur île. Le Congrès donne aussitôt des ordres à Hydra et à Spezzia pour déhvrer Samos.
La flotte hellénique met à la voile et chasse la flotte turque de la mer Icarienne.
* Dar-Bogas, nom lurc du détroit de Samos.
- Le Congrès, conseil exécutif des Hellènes siégeant à Hydra.
tuo CHANTS Héroïques