‹ Chants populaires du NordChapitre 16 sur 110 · NOTICE SUR L'EDDA · texte numérisé non relu

NOTICE SUR L'EDDA

Le piôlrc islandais Sacimind, ijui vi\ait au oii/.icine siècle, et auiiuel ses vastes connaissances firent donner le surnom de Hinn Frodl, c'est-à-dire le sa^je ou le savant, recueillit les traditions anciennes répandues autour de lui, et en forma le recueil que l'on appelle l'ancienne Edda, ou l'Edda de Saemund , pour la distinguer de i'I'dJa en piose composée un siècle pins laid par Snorri Stiirleson. Ce recueil est le plus piécieux monument qui nous restedela mytliolo^ie première,, des symboles religieux , des traditions héroïques de la vieille race Scandinave. Il se divise en trois parties assez distinctes. La pren)ière renferme li's cliants mystiques et cosmogoniques, la Yoluspa, qui raconîe, en termes parfois obscurs, et en strophes imposantes et grandioses, l'oiigine, la (in, la régénération du monde, le chant de Valthrudnir, (jiii nous montre Odin adressant des questions à un géant sur la création de la terre, sur les dieux et les hommes; le chant de Grimnir, qui raconte le voyage d'Odin chez le roi Geirrœd , le chant satirique de Loki , le chant de Thrym, de Skirner, de Vegtamir et d'autres moins impjitants.

La seconde partie renferme deux compositions didactiques et nioiales, le Hacainal, ou chant suprême attribué à Odin luimôme, et le chant du soleil, ([ui, par son empreinte déjà à demi ciuétienne, s'éloigne du caractère essentiellement païen des autres poèmes.

Dans la troisième partie de cet inqtortaut recueil, il faut comprendre les chants guerriers et historicpies de Vielund , de Helga et ceux de Sigurd , de lîryuhilde, de Gudrune, qui re-

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produisi'iit sous une forme plus lyrique la longue et lamentable histoire des INiebeiungen.

On a beaucoup discuté sur la date présumable des divers poèmes de l'Edda , sans pouvoir la déterminer. Scliimmelmann, qui les a traduits en allemand , dit que l'Edda est la parole même de Dieu et le livre le plus ancien qui existe au monde, Gœransson le Suédois déclare positivement qu'elle a été écrite du temps de Moïse, et qu'elle se trouvait en Suède, gravée sur des tables de cuivre , trois cents ans avant la fondation de Troie ; d'autres savants du Nord , tels que Resenius , Guddmundus, Andrae, Runolfus , Jonas, pensent que l'Edda est l'œuvre d'une sibylle qui vivait bien avant la guerre de Troie.

Ce que l'on peut affirmer sans crainte d'être taxé d'exagération, c'est que plusieurs des traditions racontées dans les poésies de l'Edda, remontent jusqu'aux temps les plus reculés, jusqu'à l'époque de l'émigration des tribus Scandinaves dans le Nord; cette vague et lointaine époque perdue encore dans les nuages de l'histoire. La race voyageuse apportait dans les régions où elle élevait ses tentes , ses dogmes théogoniques et cosmogoniqnes , comme un souvenir [)rofond des lieux qu'elle quittait à regret, comme une plante cueillie auprès de son berceau, et les rapports qui existent entre l'ancienne mythologie Scandinave et la mythologie des Indiens, des Perses, sont une preuve de plus à ajouter à toutes celles qui constatent l'origine commune et rétroite parenté des races du Nord et de l'Orient.

Pendant plusieurs siècles ces traditions qui forment la base de l'Edda, se sont transmises de génération en génération, dans les huttes de la tribu nomade, dans les premières habitations qu'elle se construisit au milieu des froides montagnes Scandinaves et dans ses excursions à travers champs, dans ses courses de pirate sur l'Océan et sur les fleuves, en Islande et en Sicile. Les Scaldes les chantaient sur les champs de bataille et au foyer de Jarl, et le vieux Viking les contait à ses fils en voguant sur l'Océan. Parmi les divers chants de l'Edda , il en est vraisemblabloment fihisieurs que Saemund n'a ou qu'à transcrire tels (piil Irs rccueillail de la bouche de .ses contemporains, d'autres qu'il a lui-même composés et modifiés se-

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Ion la tradition orale. La rédaction de ces poèmes aurait alors six ou sept siècles d'ancienneté, l'idée première qui leur sert de base n'en serait pas moins liée au faisceau des plus anciens dogmes de l'homme.

Pendant plus de cinq cents ans, l'Edda de Saemund resta pour ainsi dire ensevelie en Islande, ignorée du Daiiemarck et de la Suède. En 1643, l'évêque Brynjuif Svendsen de Skalliolt découvrit un manuscrit eu parchemin qui renfermait les chants les plus importants de ce vaste recueil , et l'envoya à Copenhague. Depuis ce temps, l'Edda a été imprimée à diverses reprises , et traduite , en entier ou en partie , dans toutes les langues de l'Europe. Il en existe notamment une excellente traduction publiée à Copenhague, et une traduction danoise, non moins claire, non moins exacte et enrichie de notes précieuses que l'on doit au savant Finn Magnusseii.

rs'ous ne pouvions faire un livre des chants populaires du Nord , sans puiser d'abord dans l'Edda , ce recueil de tant d'idées profondes enracinées pendant des siècles dans le cœur du l)euple; d'un autre côté, il nous était impossible d'admeftre dans les limites fort restreintes de notre travail l'Edda tout entière, avec les notes et les commentaires qu'il faut nécessairement y joindre pour en expliquer les phrases symboliques et les détails confus. Nous essaierons donc de reproduire ici seulement quelques uns des chants les plus caractéristiques de l'Edda, en attendant que nous puissions faire, de cet antique monument de la mytliologie et de la poésie des Scaides, l'objet d'uu travail plus développé et plus spécial.

A SOx\ ALTESSL ROYALE

3IÀDAME LA DUCHESSE D'ORLEAXS.

JNI \DAME ,

Au retour d'un des voyages que j'ai eu le l)onlieur d'entreprendre sous le patronage auguste de Votre Altesse Royale, j'essiiie de faire connaître à mes compatriotes quelques chants poéti(iues des reg'ons lointaines, et je viens avec un profond sentiment de gratitude vous offrir ces [leurs du nord transplan-

técs ea France, à vous, Madame, que le nord a vu partir avec douleur et que la France a reçue avec amour.

Je suis avec un profond respect, Madame ,

De Votre Altesse Royale ,

Le très- humble et très-obéissant serviteur.

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