‹ Chants populaires du NordChapitre 24 sur 110 · LE CHA>T SUPREME · texte numérisé non relu

LE CHA>T SUPREME

Le chant <iiii suit est, comme il est facile de le voir, un assemblable paifois un peu conlus de diiïéientes pensées, dont la plupart n'ont entre elles d'aulrcs liens que leur caractère sententieux. Il est attribué à Odin lui-même. Nul cliant de l'iùlda ne peint aussi b:eii l'esprit , les idées de morale des anciens Scandinaves, et le degré de civilisation qu'ils avaient atteint avant même de connaître les sages enseignements du christianisme. Tout ce poème doit èlre classé avec soin parmi les recueils de maximes, de pensées proveibiales que Ion a nommées à juste titre la sagesse des peuples. 11 présente les contrastes les plus étranges, tantôt des idées d'une mansuétude presque cvangélique , tantôt des conseils faiouches et cruels: ici le culte de l'amitié, les lois hospitalières; là le doute incessant, la défiance, la fourberie. C'est que ces anciens peuples du nord étaient tout à la fois confiants et cauteleux , dévoués à kuis amis et toujours en garde contre la trahison, lis joignaient à la générosité des races guerrières l'instinct mobile des races sauvages, et à leur ignorance profonde, à leurs habituiles grossières, une sorte de science pratique dont les précejites exprimés dans leurs anciens poèmes, sont devenus des proverbes en usage encore, pour la plupart, parmi leurs descendants.

Avant cri'iitrer dniis une maison, il faut regarder atleiitiveinriu dans Ions les coins, car on ne sait où les ennemis se tiennent cachés.

Sailli à celui (|iii donne ! — In liôle est venu, où sera sa place? Il a liàle, celui qui lente la fortune à la porte des auli e.s.

ISLVNDE. 35

Il a besoin de feu , celui qui entre les genou\ gelés. Il a besoin de nourriture et de vêlements, celui qui a traversé les montagnes.

Celui qui arrive à l'heure des repas a besoin d'eau, de linge et d une invitation hospitalière. Il lui faut le bon accueil et l'entretien amical.

Il a beioin de prudence, celui qui voyage au loin. Au logis tout est bien. Celui qui ne sait rien est un sujet de moquerie quand il se trouve avec des hommes éclairés.

Que personne ne fasse parade de son intelligence, et qu'il soit sur ses gardes. L'homme circonspect qui entre prudemment et en silence dans une maison commet peu de fautes. ^1 n'y a pas d'ami plus fidèle qu'un bon jugement.

J.'hôte circonspect , en arrivant dans une maison étrangère, ne prodigue pas ses paroles; son oreille écoute, son regard observe. Ainsi se conduit le sage^.

Heureux celui qui sait mériter l'approbation et les paroles affectueuses. Ce que l'homme possède dans le cœur d'un autre est très-incertain.

Heureux celui qui reste intelligent et honoré tant qu'il vit. L'homme a souvent puisé de mauvais conseils dans le cœur d'un autre.

Beaucoup de sagacité , voilà ce qu'il y a de meilleur à emporter en voyage. Dans des lieux inconnus, cela vaut mieux que l'or. C'est l'appui de celui qui se trouve dans l'embarras.

Ce qu'il y a de pire en voyage, c'est la boisson immodérée pour les enfants des hommes. La bic-re n'est pas si bonne que beaucoup de gens le disent.

Ce qu'il y a de pire , c'est la boisson immodérée. Plus on boit, moins on se connaît.

3G CHANTS rOPlL VIRES Dl \ORD.

Il .s'appelle l'oiseau de l'oubli, celui qui plane sur les assemblées de buveurs. Il ravit à l'homme rintelligence. J'ai élé enchaîné avec les plumes do cet oiseau dans la demeure de Gunladi.

Je devins ivre, complètement ivre chez le sage Fialar. La boisson la meilleure est celle qui laisse l'iioinmc reprendre sa raison.

Le jeune homme doit être hardi dans le combat, ailleurs réservé et prudent. A l'heure de la mort, chafjue homme doit être calme et généreux.

L'ignorant se figure qu'il vivra étcruellemenl s'il fuit les ])alailles, mais la vieillesse ne lui accorde aucune paix quoiqu'elle lui donne une arme.

Quand le sot entre dans une demeure, il bâille, balbutie, se rend importun. Il n'est content que lorsqu'on lui donne à boire. C'est alors que l'homme révèle sa nature.

Celui qui a un jugement sain, celui qui a long-temps voyagé et observé, connaît le caractère de chacun.

Prends la coupe et bois modérément; parle à profit ou tais-loi, |)ersonne ne te fera un reproche de te retirer de bonne heure pour dormir.

Le glouton qui ne sait pas gouverner son penchant détruit sa sanlé. Quand il est parmi les sages, il se rend ridicule par la manière dont il obéit à son estomac.

Les animaux savent quand ils doivent quitter les pâturages et rentrer à l'élable. L'homme grossier ne connaît pas les bornes de son estomac.

rî7homme mal élevé et sans esprit se m()({ue de toul. Il \ a ime chose qu'il ne sait pas et qu'il de\rait sa\(iii", c'est (ju'il n'est pas lui-même sans défaut.

Le sot passe des nuits eiilièn s à réfléchir à toute es-

IHTcdc chose. Quand vient le jour, il est faiigiié, et un sonci lui reste.

Le sot re[;ni(lc comme ses amis tous ceux qui lui sourient. Il ne comprend pas l'amère morpierie dont il est l'objet quand il s'asseoit parmi les gens sages.

Le sot regarde comme ses amis ions ceux qui lui lienncnl un doux langage, mais lorsfpi'il arrive; au ling il en trouve peu qui soutiennent sa cause.

Le sot croit qu'il saurait bien conmient il doit a^^ir s'il se trouvait dans l'embarras; mais quand le moment de l'éj^reuvc arrive, il ne sait que dire.

L'homme sans instruction fait bien de se taire (juand il se trouve parmi des gens instruits. C'est en parlant beaucoup qu'il montre son ignorance. En parlant beaucoup , l'ignorant reste ignorant.

Celui-là paraît sage qui interroge avec sagacité et répond de même. Il ne faut pas cacher ce qui arrive, ce qui doit être su de chacun.

Il parle beaucoup trop, celui qui dit des mots sans suite. La langue babilla rde à laquelle on n'impose pas de frein se nuit à elle-même.

Il ne faut pas fatiguer l'hôte que l'on reçoit. Il a besoin de repos, de vêtements secs, et non j)as d'être int Trogé,

Il se croit habile celui, qui, par ses plaisanleiies, donune un de ses voisins; et il ne songe pas que, tandis qu'il rit , il excite la colère.

Ikaucoup d'hommes unis pendant un certain temps se querellent dans une réunion. Le convive irrite le convive. La lutte entre les enfants des honunes est élernc!|.\

Prends ton reps de bonne heure , quand lu dois visiter d«'s amis. Autrement, on est end)arrassauf , ou

38 ClIWTS l'OPlLVIUES ni noud.

mange comme si l'on était importun , cl l'on s'occupe peu de rentrcticn.

On fait de loiip;s détours pour aller chez un ami infidèle , quoiqu'il demeure au milieu du chemin. Ou va en ligne droite chez l'ami vrai , quoiqu'il demeure loin,

iN'entre pas comme convive toujours au même lieu. Même tn étant aimé , on devient importun en restant trop long-temps dans la même maison.

La demeure qui nous appartient est la meilleure, si petite qu'elle soit. (^Chacun est maître dans sa maisonT) Quand on ne posséderait que deux chèvres et une cabane couverte en chaume , cela vaut mieux que de mendier.

La demeure qui nous appartient est la meilleure. Chacun est maître dans sa inaisî)n. Le cœur de celui-là saigne qui doit solliciter sa nourriture à chaque heure de repas.

Ne faites j)oint un pas sans vos armes. Qui peut être sûr qu'au sortir de chez soi il n'ait pas besoin de son épée?

Je n'ai pas rencontré un homme si généreux , si hospitalier qu'il soit, qui refuse ce qu'on lui olfre, ni un homme si prodigue de son bien (pii dédaigne les présents.

Celui qui possède des biens qu'il a lui-même acquis ne doit pas souffiir la gène. Souvent ce (pie nous gagnons dans des heures de joie nous ser\ira dans les heures de calamité. Beaucoup de choses deviennent plus mauvaises que nous ne le croyons.

Que les amis se fassent plaisir l'un à l'autre par des présents qui leur conviennent. Les dons réciproques font dm'cr l'amiiié, quand , du reste, tout est connue il faut.

Que riioinme soit l'ami de son ami , qu'il réponde aux présents par des présenls. Oii'il emploie la moquerie envers la moquerie , la dissimulation envers la dissimulation.

Aime ton ami, aime aussi son ami , mais ne sois pas l'ami de celui qui bail ton ami.

Si tu as un ami en qui lu aies conliance, et dont tu attendes une vraie satisfaction, unis ta pensée à la sienne, échange des présents avec lui , va le voir souvent.

Si lu en as un à qui tu ne te lies pas, mais dont tu veuilles tirer j^arti , donne-lui de belles paroles, sois dissinuilé, paie le mensonge par le mensonge.

Souris à celui auquel tu ne te fies pas , et que tu n'aimes pas. Parle contre ta pensée. Donne-lui ce qu'il donne.

J'ai clé jeune. J'ai voyagé seul et je me suis égaré. Je me suis senti riche quand j'ai trouve un compagnon. L'homme est la joie de l'homme.

Celui qui est tout à la fois doux et brave a de rares chagrins et mène une heureuse vie.Xlelui qui manque d'esprit se défie de tout ; il est mesquin et désagréable, même quand il donne.

Dans les champs j'ai donné mes vêtements à deux bûcherons; revêtus de ces habits, ils ressemblaient à des héros. L'homme nu est craintif.

vl/arbre isolé en un lieu aride se dessèche, il perd son écorc.e et ses feuilles. Il en est de même de celui qui n'est aimé de personne.')Comment pourrait-il vivre long-tenq)s?

Qu'affection des faux amis est pendant cinq jours plus ardente que le feu. Le sixième ce feu s'éteint , et toute amitié disparàîT.^

Jl n'est pas toujours nécessaire de faire des dons pré-

^0 CIIA.MS l'Ol'lL MUES DL NOllD.

cieux. Souvent avec peu on s'attire des louanges. Avec un demi-pain et une coupe à demi pleine, je me suis fait un camarade.

Il y a de petites pensées et des âmes petites comme des grains de sable. Tous les hommes ne sont pas également doués. Il y a moitié bien et moitié mal.

Que l'homme soit instruit , mais qu'il ne le soit pas trop. Ceux-là sont les plus heureux qui savent beaucoup et qui savent bien.

Que l'homme soit instruit , mais qu'il ne le soit pas trop. Le cœur de l'homme instruit a peu de joie quand il sait tout ce qu'il possède.

Que l'homme soit instruit , mais qu'il ne le soit pas trop. Qu'il ne sache pas d'avance sa destinée, son âme en aura moins de soucis.

Le tison brûle près du tison jusqu'à ce qu'il soit consumé. La flamme s'allume à la flanmie. L'homme se révèle à l'homme par des paroles , le sot par son silence orgueilleux.

Qu'il se lève de bon matin, celui (pii en veut aux biens ou à la vie d'un autre. Le loup qui dort ne saisit pas sa proie. L'homme qui dort n'obtient pas la victoire.

Qu'il se lève de bonne heure , celui qui a peu d'ouvriers et qui veut avancer son labeur. Il y a de nombreux obstacles pour celui qui dort tard. La moitié de la richesse est dans le travail.

Que le père de famille fasse sa provision d'arbres et d'écorces, et sache combien il lui en faut [lour la moitié de l'année et pour chaque fois qu'il en fait usage.

Qu'en se rendant au ting ' l'homme soit lavé et peigné,

• Anciennes assemltlées populaires. C'était là qu'on jiif^oail les procès, qu'on discutait les intérêts de eliatpie trihu.

s'il n'est richement habillé. Que personne n'ait honte de SCS souliei'3, de ses vêtements, ni de son cheval.

L'homme qui veut être éclairé doit questionner et parler. Ne confie ton secret ni à l'un , ni à l'autre; ce quo trois personnes savent, tout le monde le sait.

L'aigle qui plane sur les eaux aspire à un autre air et regarde inquiet le vieil océan. Il en est de même de l'homme c^ui se trouve au milieu de la foule où il a peu d'amis.

L'homme prudent usera avec modération de son pouvoir. Eu se trouvant parmi les braves, il apprendra que nuUiomme fort n'est plus fort que tous les autres.

( Sojez circonspect , réservé , même avec vos amis. Souvent elles nous coûtent cher, les paroles que nous conOons à d'autres,

En certains endroits je suis arrivé trop tôt, en d'autres trop tard. Tantôt la bière était bue , tantôt elle n'était pas préparée. Celui qui déplaît arrive rarement h temps.

Cà et là on voulait m'inviler quand j'arrivais à l'heure du repas, ou quand je déposais deux morceaux dans la demeure de l'ami lidèle chez qui j'en avais mangé un. Le feu et la clarté du soleil , voilà ce qu'il y a de meilleur pour les enfants des hommes quand ils ont la santé et qu'ils peuvent vivre sans faire de mauvaises actions.

V Personne n'est complètement misérable , même s'il n'est pas très-bien portant. Olui ci est heureux par ses enfants, celui-là par ses amis, cet autrej)arsa fortune, et cet autre encore par de bonnes œuvres.^

La vie est bonne, si malheureuse qu'elle soit. L'homme vivant possède des vaches. J'ai vu l'homme mort déposé devant la porte, l'homme riche brûlé sur le bûcher.

42 CIIA.MS l'OriLVlIlES Dl >01ll).

Le boiteux peut inout! r à rlievul , le manchot conduire des troupeaux , le s(rurd conibaitre avec courage. Mieux vaut être aveugle que brùîé. La mort n'est utile à personne.

C'est un bonheur d'avoir un (ils, même s'il naît tardivement après la mort de son père. 11 est rare (|u'nne pierre tumulaire s'élève au bord du chemin si un fils ne l'élève à la mémoire de son père.

Il y a deux espèces de combattants : la langue, qui peut nuire à la tète; la main, qui doit être sous chaque manteau.

Celui qui a des provisions de voyage ne craint pas l'approche de la nuit. (Courtes sont les ailes du navire; incertaine est la température d'automne. Le temps change en cinq jouis et devient tout autre en un mois.

Celui qui ne sait rien ne sait pas que beaucoup de gens deviennent fous avec les fous. Celui-ci est riche , celui-là ne l'est pas, et ne mérite pas qu'on lui en fasse un reproche.

Tes troupeaux meurent, tes amis meurent. Toi-même tu mourras. Ce qui ne meurt pas , c'est le nom honorable que l'on s'est acquis.

Tes troupeaux meurent , tes amis meurent; toi même tu mourras. Mais je sais une cho.e qui ne meurt pas, c'est le jugement qu'on porte sur les morts.

J'ai vu les granges des enfants des riches pleines de provisions. Ceux qui les possédaient mendient à préscul.O.a fortune est rapide comme l'éclair. C'est le plus mobile des amjsT)

Si un sot devient riche, ou s'il obtient la faveur des femmes, son orgueil s'en accroît, mais non pas sa sagesse. Il marche d'un air lier et impudent.

Î5011 ignorance éclate si on l'interroge sur les ruues

célestes connues des dieux , écrites avec art. 11 vaut mieux alors qu'il se taise.

Louez le jour quand il linil , la femme quand elle est brûlée, la jeune fille quand elle est mariée, l'épéo quand on s'en est servi , la glace quand vous l'avez traversée , la bière quand vous l'avez bue.

Pendant l'orage, les arbres tombent. Par un vent frais, on vogue sur la mer. Dans l'obscurité, on cause avec la jeune fille. Les jeux du jour sont nombreux. On se sert du navire pour voyager , du bouclier pour se défendre, du glaive pour frapper, de la femme pour goûter un baiser.

Près du feu on boira la bière, on glissera sur la glace. On achètera un cheval maigre et une épée rouillée. Le cheval sera nourri à la maison et le chien dans les bois.

Que personne ne se lie à la parole d'une jeune fille , ni au discours d'une femme. Leur cœur est comme la roue qui tourne, et la perlidie a clé déposée dans leur poitrine.

L'arc fragile, la flamme incendiaire, le loup qui ouvre la gueule, le corbeau qui crie, le porc qui grogne, l'arbre sans racines, la mer en courroux, la chaudière bouillonnante,

La flèche qui vole , la vague qui retombe , la glace vieille d'une nuit, le serpent plié en anniaux, les paroles d'une femme dans le lit, l'épée rompue, les jeux de l'ours , le fils du roi ,

Le veau malade , l'esclave obstiné, les flatteries d'une devineresse , l'homme récemment mort.

Que l'homme ne se fie pas à tout cela, qu'il ne se fie pas trop ^ite au champ ensemencé , ni trop viU' à son fils. Le temps agit sur le c!iain]i , la raison é-Houvo le fils, tous deux peuvenl changer.

44 CHANTS POPILMRES Dl NORD.

Qu'il marche à la hâte, celui qui rencontre sur la route le meurtrier de son frère , celui qui passe près d'une maison à demi brûlée. Alors le cheval est inutile s'il se casse une jambe. Qu'on ne soit pas assez crédule pour croire à tout.

L'amour de la femme est comme la glace unie que l'on traverse avec un cheval non cramponné, comme un poulain de deux ans non dompté, comme un navire voguant sans gouvernail au milieu de l'orage, ou comme les rennes des montagnes poursuivies par un boiteux.

Je le dis ouvertement , car je connais les hommes et les femmes. L'amour des ho:rmes trompe les femmes. Nous leur disons les plus belles choses quand nous en pensons le moins. Les paroles séduisent les âmes raisonnables.

Il faut qu'il parle agréablement et (ju'il oITre de l'or, celui qui veut gagner l'amour d'une femme. Des roses fraîches et un corps déjeune (ille, voilà ce qu'il aura, celui qui fait la cour.

(Ne blâmez pas celui qui aime. L'image de la \(iluplé qui ne touche pas l'honnue vulgaire émeut souvent le sagéT)

Qu'on ne reproche pas à un houime ce (pii arrive à tant de gens. Le puissant amour étourdit la raison des enfants des hommes.

(La pensée connaît ce qu'il faut au cœur , quand le cœur la gouverne. Il n'y a pas de maladie plus triste pour l'honune (pie de ne pouvoir s'attacher à fïênT)

.l'ai bien ai>pris cela quand j'élais dans la forêt, attendant ma bicn-aimée. Klle était ma vie et mon âme. Cependant je ne la possède pas.

.l'ai vu la jeune fille belle connue le soleil endoiinie sur sa concile. La magnificence des princes ne me sem-

l)lail rien auprès du bonheur de vivre avec une telle fennne.

Tu viendras le soir plus tard , Odin , si tu veux parler à la jeune fille. C'est un grand malheur quand on ne connaît pas une telle méprise.

Je m'en retournai plein d'amour, et croyant mon bonheur certain. Je croyais qu'elle me donnerait son cœur et ses caresses.

Lorsque je revins, tous les guerriers étaient éveillés. Le feu pétillait , les flambeaux étaient allumés. La route du bonheur me fut interdite.

Lorsque je revins de nouveau vers le matin , les gardiens de la maison dormaient , et je trouvai la chienne de ma bien-aimée liée sur son lit.

Beaucoup d'aimables filles ont envers les hommes l'humeur très variable c|uand on les observe de près. Je m'en aperçus lorsque je cherchai à séduire la prudente femme que j'aimais. Mon amour fut le sujet de sa raillerie , et je n'obtins rien d'elle.

Chez lui le maître de maison doit être de bonne humeur , prudent et hospitalier. Qu'il songe à parler s'il veut apprendre beaucoup et qu'il parle bien.

C'est un archi-ignorant, c'est un élrc grossier, celui qui ne sait rien dire.

J'ai visité le vieux géant, et me voilà revenu. Le silence me profitait peu. En employant la parole, j'ai atteint mou but dans les salles de Sullung ^

Sur la chaise d'or, Gunlœda m'a donné une boisson

* Odin fait ici allusion à l'une de ses plus belles aventures. Le géant Suttung gardait dans sa retraite le breuvage poéticpie. Odin ])énctredans cette retraite, d'abord sous un nom emprunté, puis sous la forme d'un serpent, séduit la fille de Suttung, et a\ale en trois coups la précieuse boisson.

46 cil VMS i'Ol'lLAlUES Dl >OUD.

excellente. Je la récomiiensai mal de son amour fidèle , de sa passion ardenlc.

J'ouvris ma demeure. Les rocs se fendirent. Audessus et au-dessous de moi était la route des géants. J'exposai ainsi ma tète.

J'ai bien profité du fruit de mes efforts. Le sage échoue rarement. Le breuvage poétique a été apporté dans la demeure des hommes.

Je ne sais si je serais sorti de la demeure des géants sans le secours de Gunlœda , cette bonne femme qui me reçut dans ses bras.

Le jour suivant , les géants, ennemis des dieux, s'informèrent de l'état de Bolverk. Ils demandèrent s'il était parmi les dieux , ou si Sultung l'avait tué.

Odin avait prononcé un serment sacré. Qui peut se fier à ses promesses? Suttung est trahi , la boisson enlevée , et Gunlœda est en larmes.

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