LA SOURCE DE MARIBO
— Le comte sonne de son cor, la reine l'entend dans sa demenre.
Elle appelle un petit valet. — Va prier le comte de venir ici.
Le comte vient et se tient debout devant la table. — Que m'ordonnez-vous, reine? vous m'avez envoyé chercher.
— Si je survis à mon époux , c'est toi qui administreras mes trésors.
— Arrêtez, belle reine, ne parlez pas ainsi, vous ne savez pas qui nous écoute.
Elle se croyait seule avec le comte , mais le roi était là qui écoutait.
Le roi appelle deux de ses serviteurs. — Priez la reine de venir près de moi.
— Dites-moi , ma jeune et belle reine , que disiezvous hier au comte ?
— Je n'ai parlé au comte (pie de ta beauté et de tes vertus.
Le roi appelle deux de ses serviteurs. — Priez le comte de venir ici,
— Dis-moi , comte, qne disais-tu de moi hier avec la reine ?
— .le n'ai parlé hier avec la reine que de vos qualités o| de vos \erlns.
DVMÎMVUK. 125
Le roi appelle un do ses petits valcls. — Dites aux cuisiniers de venir ici.
Coupez le comte en morceaux , et portez-les sur la table de la reine.
La reine est assise et regarde long-temps. — Ce ne sont pas là des morceaux de gibier.
Ce sont les membres du comte. Elle les rassemble tous avec soin.
Elle les enveloppe dans l'hermine blanche et les dépose dans un coffret doré.
Elle rassemble tous les grands et petits morceaux, et s'en va à l'église de Maribo.
Elle les plonge dans l'eau limpide. — Lève-toi, lèvetoi, comte chrétien !
Le comte se lève, remercie Dieu, et bientôt quitte le pays.