L'ENLÈVEMENT DU CLOITRE
Charles va trouver sa mère adoptive , et lui demande conseil. — Comment faire pour m'emparer de la belle jeune fille qui est au cloître?
— Couche- toi , comme si tu étais malade ; couchetoi , comme si tu étais mort. Mets- toi dans le cercueil. Tu pourras ainsi enlever la belle jeune fille qui est au cloître.
De petits enfants , couverts de vêtements bleus , se présentent devant la jeune fille , et lui disent : — Vous plaît-il de visiter la chambre où Charles repose dans le cercueil ?
De petits enfants . couverts de vêtements rouges , se présentent devant la jeune fille , et lui disent : — Vous plaît-i! de visiter la chambre où Charles repose dans le cercueil ?
De petits enfants , couverts de vêtements blancs , se présentent devant la jeune fille , et lui disent : — Vous plaît-il de visiter la chambre où Charles repose dans le cercueil ?
La jeune fille s'en va trouver sa mère adoptive , et lui demande conseil. — Puis-je visiter la chambre où Charles repose dans le cercueil?
— Je ne veux pas t'engager à le faire , ni l'on empêcher. Mais si tu vas ce soir dans cette chambre , Charles te trompera.
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La jeune fille franchit le seuil de la porte. Elle brille comme un soleil. Charles est dans son cercueil , el rit au fond du cœur.
La jeune fille s'approche de lui , regarde ses cheveux bouclés, et dit : — Ah! tant que tu vécus, tu m'aimais beaucoup.
Elle va au pied du cercueil , soulève le linge blanc , et dit : — Ah ! tant que tu vécus , tu fus mon bien-ainié.
Elle s'avance vers la porte , et dit bonsoir à ses sœurs. Charles s'élance du cercueil , et la prend dans ses bras.
— Remportez mon cercueil. Versez-nous de la bière et du vin. Demain mon mariage avec ma bien-aimée.
Les nonnes du cloître disent en lisant leurs prières : — C'est sans doute un ange de Dieu qui a enlevé notre sœur.
Et chacune d'entre elles murmure tout bas : — Dieu veuille qu'un tel ange vienne aussi me prendre.
LE CHEVALIER TYNNE.
Le chevalier Tynne csl un homme paisible ; mais partout où il va, à pied ou à cheval, il se fie à son courage.
Le chevalier Tynne va chasser des cerfs et des biches, et rencontre sous les tilleuls verts Llfra, fille du nain.
Ulfra, fille du nain, dit à sa servanie : Apporte-moi ma harpe d'or, je veux amcjier h moi le chevalier Tynne.
Le premier son qu'elle tire de sa harpe d'or est si doux , que les bètes sauvages des forets oublient de courir.
Le second son qu'elle tire de sa harpe d'or est si doux, que le faucon s'arrête sur un arbre les ailes étendues.
Le troisième son qu'elle tire de sa harpe d'or est si doux, que le petit poisson caché dans les eaux oublie de nager.
La plaine se couvre de fleurs, les arbres reverdissent : c'est l'effet des runes. Le chevalier donne des coups d'éperon à son cheval et ne peut le gouverner.
Le chevalier Tynne descend de son cheval et s'approche d'Ulfra, fille du nain, sous les tilleuls verls.
— Vous êtes là, noble jeune fille, belle comme une
rose entre les lis ! Nul homme ne peut vous voir sans désirer vous faire la cour.
— Taisez-vous , taisez-vous , chevalier T\ nne ; laissez là vos paroles d'amour. Je suis fiancée à un roi des nioniagnes, le roi de tous les nains.
Mon fiancé est dans sa montagne et joue aux échecs; mou père fait ranger ses guerriers autour de lui el les revêt de fer.
3Ia mère est dans la montagne et met de l'or dans des coffres; moi , je me suis échappée un instant pour jouer de la harpe d'or.
Le chevalier Tynne lui frappe doucement sur la joue et lui dit : Pourquoi ne veux-tu pas me répondre mieux, chère bien-aimée de mon cœur ?
— Je ne puis vous faire une autre réponse. Je suis fiancée au roi de la montagne , et il faut que je tienne ma jjromesse.
Thora, femme du nain, regarde par la porte de la montagne et voit le chevalier Tynne sous les tilleuls verts.
Thora, fenmic du nain, entre en colère. — Que faistu là-bas, dit-elle, sur la bruyère ? Ce n'est pas là que tu dois aller.
Tu devrais bien plutôt rester dans la montagne, mettre de l'or dans le coffre, que de jouer de la harpe sur la bruyère.
Tu devrais bien plutôt rester dans la montagne, coudre tes vêlements de fiancée, que d'être là sous les tilleuls à séduire le cœur d'un chrétien.
Ulfra , fille du nain , s'en va dans la montagne. Le chevalier Tynne la suit vêtu d'écarlate et couvert de fourvuros.
Thora, femme du nain, lui présente une chaise d'or, et il doit rester là juspi'à ce ([ue le coq chai.t.'.
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Thora prend ses livres de runts et ddivre le clievalier des liens magiques d'L'lfra.
— Écoutez , chevalier Tynne , vous voilà délivré de la magie des runes ; je veux vous le dire en vérilé, vous n'aurez jamais ma fille.
Je suis d'une famille chrétienne; j'ai été enlevée et emportée dans la montagne. Ma sœur demeure en Islande, et porte une couronne d'or fin.
Elle porte la couronne d'or et le nom de reine. Sa lille lui a été enlevée. Il y a là-dessus une tradition que l'on connaît au loin.
Sa fille lui a été enlevée et emportée dans le Bcrnerland. C'est là qu'elle est , la belle jeune fille. Elle s'appelle Hermeline.
Jamais elle ne va danser sans être suivie de sept femmes. Jamais elle ne joue de la harpe, si la reine n'est pas là.
Le roi a un neveu qui doit régner un jour; et il veut lui donner pour épouse Hermeline ; mais elle s'en afflige.
— Il y va de mon honneur, et il y va de ma volonlé. Je te doimerai la jeune fille , et je la délivrerai du neveu du roi.
Thora donne à ïynne un vêlement neuf, brodé d'or et de perles, couvert de pierreries sur loules les coutures.
Elle lui donne un cheval excellent et une selle neuve. — Tu n'as pas besoin , dit-elle , de demander le chemin ; ton cheval te conduira là où tu veux aller.
Ulfra, fille du nain, veut être utile aussi au chevalier Tynne. Elle lui donne une armure nouvelle et une admirable épée.
— Jamais tu n'engageras un combat sans remporter
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la victoire, et jamais lu ue mettras à la voile sur mer, sans atteindre le rivage.
Thora , femme du nain , lui offre une coupe de vin , et lui dit : — Éloigne-toi , éloigne-toi , chevalier Tynne, avant que mon mari revienne.
Tymie chevauche sous les tilleuls verts. Il rencontre deux rois des montagnes qui s'avancent vers lui.
— Salut, salut, chevalier Tynne; ton cheval peut bien te porter. Mais où vas-tu? ton voyage sera-t-il long?
— Je vais chercher une douce fleur , je vais trouver une liancée; mettre h l'essai ma bonne épée , pour ma joie ou pour mon malheur.
— Va eu paix , va en paix , chevalier Tynne , nous ne t'attaquerons pas. II viendra assez de guerriers d'Islande pour lutter contre toi.
Le chevalier Tynne chevauche sous les tilleuls verts. Il rencontre sept guerriers qui l'attendent et l'arrêtent.
— (jombattrons-nous aujourd'hui pour l'or cl l'argent, ou combattrons-nous pour notre liancée?
Le neveu du roi s'écrie avec ardeur : — J'ai assez d'or et d'argent , tu peux m'en croire.
— Mais n'as-lu pas une fiancée qui s'appelle Hermeline? Nous combattrons aujourd'hui pour savoir si elle doit être a toi ou h moi.
Les deux vaillants guerriers s'avancent ; Tynne frappe le neveu du roi, et fait rouler sa tète sur le sol.
Les six autres guerriers, couverts de fourrures, se retirent et s'en vont dans la haute salle où est le vieux roi.
Le vieux roi s'arrache les cheveux , et dit : — Il faut que vous vengiez la mort de mon neveu. Je vous donne des peaux de marte et de zibeline.
Les six guerriers reviennent pour gi'j^ner celle ré-
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compense, mais ils sont blessés et mutilés. On voit ce qu'ils souffrent.
Et Tynne tue des loups , des ours , devant la demeure du roi , et enlève la jeune fille qui avait été long-temps caplive.
Maintenant , Ilermeline a ou])Iié sa douleur. Elle dort d'un doux sommeil dans les bras de Tynne.
Maintenant, Tynne a oublié sa douleur. Il dort d'un doux sommeil près de la belle Ilei-meline.
Et il rend grâces à Ulfra , fille du nain , qui l'avait enchaîné avec les runes , car s'il n'avait pas été dans la moulagne , il n'aurait pas eu Hermeline.