‹ Chants populaires du NordChapitre 62 sur 110 · ISA · texte numérisé non relu

ISA

La petite Isa n'a pas sa pareille. Lsa aime le duc puissant, et ne rêve que lui et le royaume du ciel.

]']llc ne peut faire un pas si elle entend prononcer son nom ; elle ne peut dormir, tant elle songea lui.

— Écoutez, Isa, combien de temps voulez-vous ra'attendre, tandis que je m'en irai combattre les guerriers de Daleby ?

— Je vous attendrai huit ans et plus long-temps encore. Personne ne m'aura vivante, quand ce serait le roi lui-même qui voudrait m'épouser.

Il est triste de s'en aller hors de son pays combattre les guerriers de Daleby. Quand la tête est séparée du corps, la vie ne revient pas.

Ils combattent un jour, ils combattent deux, et un jour encore jusqu'au soir. Ils coupent la tête du duc, et le duc tombe par terre.

Un oiseau vole à la demeure d'Isa. Il a beaucoup à dire. — Si vous saviez, petite Isa, tout ce que j'ai appri-j.

Si vous saviez tout ce que je sais, vous iriez au bord de la mer chercher votre duc.

Isa s'en va au bord de la mer. Le duc a été poussé par les flots sur la grève blanche.

Isa éprouve une grande douleur; elle se perce le sein et tombe dans les bras du duc.

194 CHANTS l'OI'LLMRES DU ^OUD.

Un oiseau descend du ciel et implore la grâce de Dieu. Isa se réveille, et le duc en même temps.

— iMcrci, petit oiseau, merci de nous avoir éveillés. Notre sommeil , pourtant , était doux ; nous dormions dans les bras l'un de l'autre.

— Je ne suis pas un petit oiseau , quoique j'en aie l'apparence ; je suis un ange du ciel envoyé vers vous.

LUGIA.

On danse dans l'île de ïuilan , el Lucia , la belle jeune fille, est dans l'assemblée.

Le roi danse pendant que Lucia chante. — Quel chant fera-t-on pour Lucia ?

— On lui fera celui-ci : Lucia ne sortira pas vierge de l'île de Turlan.

— ' Olof, mon frère, aide-moi, défends mon honneur.

Olof prend une arnmre et combat comme un homme.

Il combat comme un homme ; le sang coule sur son front.

Il laisse tomber son armure. — Ma chère sœur, défends-toi toi-même.

Lucia prend son épée et tue trente guerriers du roi.

La nouvelle en vient au roi, qui s'écrie : Quel est celui de mes gens qui a commis tant de meurtres !

— Ce n'est pas un de tes gens, c'est une femme.

Le roi prend Lucia dans ses bras ; il lui donne la couronne et le nom de reine.

Le nom de reine n'est pas mauvais à porter. Heureuse la jeune fille qui l'acquiert avec iionneur !

GRIMBORG.

Deux guerriers hahilaient les montagnes du nord. Ils se rencontrent un soir et se saluent.

Le frère d'armes dit à son frère d'armes : — ^"as-tu pas envie de te marier ?

Je connais une belle jeune fille; mais si tu cherches à l'obtenir, il t'en coûtera la vie.

— Mon cher frère d'aimes , ^iens avec moi dans sa demeure, je te donnerai mon cheval blanc.

Ils arrivent h l'écluse du meunier. Ce n'était pas de l'eau qui y coulait ; c'était du sang des guerriers.

Ils s'en vont vers le parc de la jeune fille ; un cerf court dans ce parc avec une biche.

Ils touchent à la demeure de la jeune fille. Les portes en sont faites avec du fer et de l'acier.

Sur chaque pièce de la palissade , on voit une tète d'homme sanglante.

Grimborg frappe à la porte avec ses gants gris. — Lève-toi, jeune fille, et tire le verrou.

— Je ne réj)onds à personne, je ne laisse entrer personne pendant la nuit.

Grimborg serre ses doigts, les assouplit et lire le verrou.

Il s'assied sur la chaise d'or rouge. — Jeune fille, ôlemoi mes souliers.

— Je suis une vraie fille de roi , et je ne nie lèverai pas pour t'ôter tes souliers.

A ces mots, Grimborg en colère se jette dans le lit avec ses bas et ses souliers.

Un homme s'en va en toute liàte trouver le roi. — Grimborg est couché avec ta fille.

Le roi appelle tous ses gens. — Levez-vous , mes hommes d'armes, et couvrez- vous d'acier.

Levez-vous , mes hommes d'armes , et ne négligez rien. Je connais Grimborg. C'est un audacieux.

Ils frappent à la porte avec leurs pieds éperonnés. — Si Grimborg est là, qu'il vienne à nous!

Grimborg se jette contre la porte, et la frappe si fort que la serrure tombe.

Il perce les uns, il abat les autres. Douze mille hommes gisent à ses pieds.

Grimborg prend la jeune fille par ses cheveux blonds et l'attache au pommeau de sa selle.

11 galope à travers la foret qui a trente milles de longueur; il ne prononce pas un mot.

Et sur la route il n'y avait pas une pierre qui n'enlevât un morceau des jambes de la jeune fille.

Et sur la route il n'y avait pas une racine qui n'enlevât un morceau des pieds de la jeune fille.

Grimborg arrive à la porte de sa demeure, et sa mère est debout devant lui.

— Dis-moi, Grimborg, dis-moi, où as-tu pris cette jeune fiancée?

— Je l'ai prise dans la maison du roi , avec un bras vigoureux, avec le fer et l'acier.

Il monte dans sa chaml)re et joue aux dés avec sa jeune fiancéo.

198 cn\\TS POPiLAir.Es di nord.

Il frappe sur les coussins bleus et dit : — Ma belle fiancée n'a-t-elle pas envie de se reposer ?

— Je veux te traiter comme un homme de cœur, quoique tu m'aies prise de force.

Je veux te traiter comme un valeureux combattant. Et Grimborg repose dans les bras de la jeune fille.

Et , avant que la lumière du jour brille, douze mille hommes arrivent à la demeure de Grimborg.

Sa mère s'avance au-devant d'eux. — Nous t'en prions, fais-nous parler à Grimborg.

— Grimborg est parti hier pour un long voyage et ne reviendra que dans im an à Noël.

— Mère de Grimborg, sois-nous favorable, nous te donnerons de l'or rouge.

— Grimborg est dans sa chambre et joue aux dés avec sa jeune fiancée.

Ils frappent à la porte avec la lance et le bouclier. — Lève-toi, Grimborg, et viens à nous.

Grimborg les regarde par la fenêtre. Il y a tant de (lèches et de lances qu'il ne voit pas le ciel.

— Mes chers hommes d'armes , attendez un instant que je sois habillé.

La jeune fille ne trompe pas Grimborg. Elle lui agrafe elle-même sa cuirasse.

Grimborg se précipite hors de sa chambre et tue les douze mille hommes.

Il selle sou cheval gris et s'en va dans la maison du roi.

Quand il arrive près de la maison, le roi est debout sur sa porte.

— Dis-moi, Grimborg, où sont les hommes que je t'ai envovés hier?

SIKDK. 199

— Les hommes que lu m'as envoyés hier sont tous tués comme des l)rebis.

— S'ils sont tous tués comme des brebis , tu ne sortiras pas d'ici.

Grimborg éperonno son cheval et tue tous les serviteurs du roi.

Il brandit son épée sanglante et dit : — Si tu n'étais roi , ce serait ton tour.

— Cher Grimborg, éloigne ton épée. Ma fille est à toi. Tu es digne d'elle.

Grimborg se retire et vit paisiblement. Tout ce qu'il a fait est raconté ici.

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