ROSA
La pclite Rosa sort dans la maison du roi. Elle sert là pendant huit ans.
Ce n'était pas pour gagner un salaire, c'était pour le jeune duc qui lui semblait si beau.
Le duc part pour une contrée étrangère. — Rosa , Rosa, n'en aime pas un autre !
Tandis qu'il est en pays étranger, on donne à Rosa un comte pour époux.
Rosa entre dans sa chambre et écrit une lettre avec des larmes sur les joues.
Elle dit au batelier : — Remettez cette lettre entre les mains du duc.
Le batelier arrive sur la terre étrangère, et remet la lettre entre les mains du duc.
Le duc selle son cheval gris et galope plus \ite que l'oiseau ne vole.
Et lorsqu'il arrive h l'écluse du meunier, il voit la lumière i)riller sur la table des fiancés.
El lorscju'il arrive dans la maison de son père, les valets sont sur la porte.
— Venez ici, dil-il, et alkz-vous-cn porter ce message à la petite Rosa.
Ro!-a est dans t^a demeure qui vorsc du vin et de la bière, et le duc est dehors avec des larmes sur les joues.
Rosa est là , les cheveux flottants , et le duc est dehors assis dans l'enclos.
A ces mots Rosa se lève de table en toute hâte, et le vin et la bière coulent derrière elle.
Elle se précipite dans les bras du duc , et tous deux parlent long-temps des douleurs de l'amour.
Ils parlent des douleurs de l'amour jusqu'à ce qu'ils expirent dans les bras l'un de l'autre.
On emporte la petite Rosa dans un cercueil doré, et le duc sur deux tiges de sapin.
Rosa est enveloppée dans un linge fin, et le duc dans une rude étoffe et dans une peau.
Rosa est déposée dans le cimetière, et le duc au sud dans un endroit éloigné.
Mais il n'eut de repos ni jour ni nuit jusqu'à ce qu'il fût porté dans le tombeau de sa bien-aimée.
Un tilleul croît sur leur cercueil. Ses l3ranches sont vertes, ses feuilles sont blanches ,
Et sur ces feuilles blanches il est écrit : Mon père me répondra au jugement dernier.
REDEWALL.
Lisa est assise avec sa mère clans la salle. Toutes deux causent d'étranges choses.
— Lisa, ma fille, d'où vient ce lait que j'aperçois sur ta robe ?
— Ce n'est pas du lait , quoique cela y ressemble ; c'est de la bière que j'ai versée hier.
— Voilà deux choses qui ne se ressemblent guère. La bière est brune et le lait est blanc. i.
— Eh bien ! je ne veux pas te cacher la vérité. Redewall m'a séduite.
— Si Redewall t'a séduite , je ne suis plus ta mère. Je ferai pendre demain matin Redewall à un arbre,
et je te ferai rôtir à la broche.
Lisa s'en va dans la demeure de Redewall et frappe à sa porte avec ses petits doigts.
— Lève-toi , Rcde\^ ail , et ouvre-moi , car j'ai parlé à ma mère.
Et il faut que je te le dise , ma mère est en courroux. Elle veut te faire pondre à un arbre et me faire rôtir à la broche.
— jVon , je no serai pas j^endu pour loi, et tu ne seras pas brfdée pour moi,
Rcdowall sollo son choval L;ris et y fait asseoir la polile Lisa.
SLÎ:i)E. 203
Et quand ils aniveui dans la bruyère, Lisa a envie de se reposer.
Rcdowall étend sur le sol son manteau bleu , et Lisa met au monde deux fils.
— Dieu veuille que je sois â présent chez ma mère ! elle me donnerait h boire et elle préparerait mon lit.
Redewall sert sa fiancée fidèlement. Il va lui chercher de l'eau dans ses souliers à boucles d'argent.
Il va vers la source limpide. Un oiseau est perché sur une branche d'arbre et chante.
Il chante , et dit que Lisa est morte avec ses petits enfants.
Redewall revient dans la bruyère. Ce que l'oiseau avait dit était vrai.
Il creuse une tombe large et profonde et y fait mettre les trois morts.
Il place la poignée de son épée contre un arbre , la pointe contre sa poitrine , et se perce le cœur.