‹ Chants populaires du NordChapitre 64 sur 110 · LE PETIT BATELIER · texte numérisé non relu

LE PETIT BATELIER

La jeune fille est assise dans sa chambre et fait des broderies d'or. Le petit batelier s'approche et regarde,

— Écoute, petit batelier, ce que je veux te dire, as-tu envie de jouer aux dés avec moi ?

— Comment pourrais-je jouer aux dés avec toi? je n'ai point d'or à mettre sur la table.

— Tu mettras pour enjeu ta casaque, ton vêlement gris; et moi, je mets ces deux anneaux d'or.

Les dés d'or roulent sur la table ; le batelier perd , la jeune fille gagne.

— Écoute, petit batelier, veux-tu jouer aux dés avec moi?

— Comment pourrais-je jouer aux dés avec toi ? je n'ai point d'or à mettre sur la table.

— Tu mettras pour enjeu ton vieux cheval , Ion cheval gris, et moi celte couronne d'or. Gagnc-la si tu peux.

Les dés roulent sur la table ; le batelier perd , la jeune fille gagne.

— Écoute, petit batelier, veux-tu jouer aux dés avec moi?

— Comment pourrais-je jouer aux dés avec toi? je n'ai point d'or à mettre sur la lable.

— Tu mettras pour enjeu tes bas, tes souliers à boucles d'argent ; moi je mettrai mon iionncur et luon amour.

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Les clés d'or roulent sur la table ; la jeune lille perd , le batelier gagne.

— Écoute, batelier, renonce à moi , je te donnerai un navire flottant sur l'eau.

— Un navire flottant sur l'eau , je l'aurai comme je pourrai; mais je veux la jeune fille que j'ai gagnée aux dés.

— Écoute , batelier , renonce à moi , je te donnerai une chemise en soie.

— Une chemise en soie , je l'aurai comme je pourrai, mais je veux la jeune fille que j'ai gagnée aux dés,

— Écoute , batelier, renonce à moi , je te donnerai la moitié de mon royaume.

— La moitié de ton royaume, je l'aurai corame je pourrai , mais je veux avoir la jeune fille que j'ai gagnée aux dés.

La jeune fille s'en va dans sa chambre , et s'écrie : — Hélas ! malheureuse que je suis ! quel mariage je vais faire !

Le batelier s'avance jouant avec son épec : — Tu feras un aussi bon mariage que tu peux l'espérer.

Je ne suis pas un baleUer. Je suis le fils du meilleur roi qu'il y ait en Angleterre.

VALLEVAN.

Vallevaii vogue le soir très-tard , quand la jeuué fille est daus sa chambre et couvre son feu.

— Écoule, jeune fille, ce que je veux te dire; reçois-moi dans ta maison celle nuit.

— Je ne puis te recevoir dans ma maison cette nuit , si je ne sais pas de quel pays tu es.

— Je ne suis pas d'une contrée éloignée d'ici. Je suis la fille du roi d'Angleterre.

Je ne suis pas d'une contrée éloignée d'ici , et je puis l'apprendre à coudre la soie.

Dis-moi, jeune fille, dis moi, combien d'hommes ont voulu devenir tes fiancés?

— 11 y a le prince Thor, du nord, que tu connais bien ; mais Vallevan est celui (|ui me tient à cœur.

Le lendemain , au point du jour, Vallevan se dispose à partir.

— Écoute, jeune fille, fais un peu de chemin pour moi , j'en ferai autant pour toi un autre jour.

La jeune fille sort, puis après se dit : — .'Maintenant il est temps que je m'en retourne.

Vallevan la piend dans ses bras et la porte sur son navire.

Il appelle ses serviteurs, et leur dit : — Donnez-moi le meilleur vin.

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lis boivent si long-temps le vin pur, que la jeune fille s'endort et oublie son chagrin.

Quand elle se réveille , elle regarde autour d'elle , et se dit : — Je suis bien à cinquante milles de ma demeure,

— Tu ne retourneras pas dans la demeure de ton père avant d'avoir une fille qui sache coudre la soie.

Tu ne retourneras pas dans ton pays avant d'avoir un fils qui puisse te conduire sur le rivage.

— Si je ne dois pas retourner dans mon pays , dismoi du moins ton vrai nom.

— Je ne suis pas une princesse d'Angleterre. !Mes matelots m'appellent Vallevan.

Il prend la jeune fille par la main , et lui donne le nom et la couronne de reine.

GROTIIESON.

La jeune fille envoie le soir un message au vaillant Grothcson ; elle lui fait dire qu'il doit venir près d'elle.

— J'ai mal à la lète, j'ai mal au côté gauche; cependant, j'obéirai à la volonté de la jeune fille et j'irai près d'elle.

Quand il arrive au premier pont qu'il fallait traverser, il avait avec lui douze chevaliers portant des habits ornés de pierres précieuses.

Quand il arrive au deuxième pont, il y trouve des poutres de fer et d'acier, et le torrent est impétueux.

Quand il arrive au troisième pont , le passage est fermé. Il appelle h haute voix le gardien.

— Je te donnerai mon manteau doublé de zibeline si tu veux aujourd'hui porter mon message à la jeune fille qui est Ih-bas.

— Gardez, gardez votre manteau doublé de zibeline; je porterai aujourd'hui votre message à la jeune fille qui est là-bas. *

Le gardien s'avance dans la maison de la fiancée , se place devant la large table et raconte son message.

— 11 y a là un chevalier, personne ne sait ce qu'il veut; il a douze hommes avec lui qui portent des vêtements ornés de pierres précieuses.

Il y a là un chevalier, persoiuie no sait ce f[u'il veut; son cheval est gris pommelé, son bouclier reluit au loin.

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Ses cheveux sont comme de l'or filé, ses yeux comuie ceux d'un faucon, ses mains blanclics comme l'hermine. Je n'ai jamais vu son pareil.

La jeune fiancée répond du haut de son siège élevé : C'est le chevalier Grothcson, mon proche parent.

Conduisez-le ici et donnez-lui à boire, tandis que je vais dans ma chambre chercher mon coffre d'or.

L'un apporte un oreiller, l'autre une chaise ; le troisième le prie de s'asseoir , le quatrième lui verse de la bière et du vin, le cinquième l'invite à boire.

Grotheson prend sa fiancée et sort par la fenêtre. 11 avait avec lui douze hommes armés de bonnes piques.

FARLING.

Farling va voir la jeune fille clans sa donieure et la trouve brodant avec de la soie blanche. Mais à chaque point qu'elle fait, des larmes tombent de ses yeuv.

— D'où vient le chagrin qui vous fait pleurer? Avezvous appi is la mort de votre père , ou avez-vous perdu votre bien-aimé?

— Je n'ai pas appris la mort de mon père, je n'ai pas perdu mon bien-aimé; mais il y a près d'ici un trolle de mer qui dévore les femmes et les filles.

Farling prend sa bonne épée pour combattre le trolle. Il voulait entreprendre dans la bruyère une lutte hardie.

Il s'en va chez le forgeron et fait renforcer encore son épée. Il s'en va vers l'église et invoque le nom de Dieu.

Farling a sept poulains, mais il n'ose les monter, car quand il les selle ils plient tous sous lui.

Un meunier s'approche et lui dit : — J'ai un poulain brun qui paît dans la prairie ; je vous l'amènerai si vous voulez m'en donner un des vôtres.

Ils amènent le poulain brun qui paissait dans la prairie ; son poitrail est large , ses dents sont blanclies comme la neige.

Farling ôtc ses gants , découvre ses petites mains et

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agrafe lui-même sa sangle ; il n'osait se fier à ses valets.

Il serre la sangle et son glaive s'y accroche ; il la serre de nouveau et elle se casse,

— Quand je partis l'année passée, j'avais quinze anneaux d'or; mais je les donnerais bien pour avoir ma sangle.

Il achète la soie la plus fine , trois aunes de longueur sur une aune et demie de largeur, et en forme une sangle.

Il frappe le trolle au cou el lui fait verser beaucoup de sang ; il le traîne sur la bruvère et le tue.

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