‹ Chants populaires du NordChapitre 71 sur 110 · HILLEBRAND · texte numérisé non relu

HILLEBRAND

Ilillebrand servait dans la demeure du roi. Il servait là depuis quinze années entières.

Il ne servait pas pour de l'or, mais parce que la jeune Gulleborg aimait ;i le voir.

Il ne servait pas pour gagner un salaire, mais parce que Gulleborg lui semblait très-belle.

— Écoute , jeune Gulleborg , ce que je veux te dire. N'as-tu pas envie de quitter la contrée avec moi?

— Je quitterais volontiers avec toi la contrée , s'il n'y avait pas tant de gens ici qui veillent sur moi.

Sur moi veillent mon père et ma mère ; sur moi veillent ma sœur et mon frère.

Sur moi veillent mes parents, mes amis, et pardessus tout , le chevalier qui veut m'épouser.

— Je te donnerai un vêtement de pourpre fine , et l'on ne reconnaîtra pas ton visage rose.

Je changerai tes anneaux , et l'on ne reconnaîtra pas tes petites mains.

Ilillebrand selle les chevaux gris, et place facilement sur l'un d'eux la jeune Gulleborg.

Ils chevauchent dans la foret qui a trente milles de longueur, et rencontrent un bon chevalier.

— Où as-tu pris ce jeune écuyer? il me semble qu'il n'est pas solide sur sa selle.

226 ciiAMS roi'iLviKKS dl .\(mu.

— Je l'ai pris dans la demeure de sa mère , qui pour cela verse bien des larmes.

— Il me semble reconnaître ce visage rose, mais je ne connais pas ce vêtement de pourpre fine.

— Adieu , adieu , bonne nuit. Salue la jeune Gulleborg , salue-la mille fois.

Quand ils eurent marché encore pendant (iuehjues instants , Hillebrand eut envie de se reposer.

— Oh ! Hillebrand, Hillebrand, ne dors pas à présent. J'entends les sept hommes de mon père qui sonnent de la trompe.

Je reconnais le cheval de mon père qui n'est pas sorti pendant quinze ans.

— Quand je m'élancerai au combat, chère GuUeborg, ne prononce pas mon nom.

Quand nous serons au plus fort moment du combat, chère Gulleborg, tiens mon cheval.

— .Ma mère m'a appris à travailler l'or et la soie , mais non pas à tenir un cheval dans le combat.

Hillebrand s'avance , et dès la première attaque il tue le frère de Gulleborg et plusieurs hommes.

Il s élance une seconde fois et lue le père de Gulleborg et plusieurs chevaliers.

— Hillebrand! Hillebrand! retiens tonépéeîmon bon père ne mér-tait pas de recevoir le coup, de la mort.

A peine Gulleborg a t-elle prononcé ces mots, que Hillebrand reçoit sept mortelles blessures.

— Veux-tu maintenant retourner auprès de ta bonne mère, ou veux-tu suivre ton jeune ami malade?

— Je ne veux pas retourner auprès de ma bonne mère, je veux suivre mon jeune ami nialade.

Ils s'avancent dans la longue forêt. Hillebrand ne prononce pas une seule parole.

— Hillebrand est- il las, ou est-il triste? Il ne prononce pas une seule parole.

— Je ne suis pas las , et je ne suis pas triste , mais le sang coule de mon cœur.

Hillebrand arrive dans la demeure de ses parents, et sa mère s'avance auprès de lui.

— Dis -moi , chevalier Hillebrand , comment te trouves-lu ? Le sang coule à flots de ton corps.

— Mon cheval a trébuché. Je n'y ai pas fait attention, et il m'a jeté rudement contre un pommier.

Cher frère , conduis en toute hâte mon cheval dans la prairie ; chère mère , préparez mon lit.

Chère sœur, arrange mes cheveux ; cher père , vous suivrez mon cercueil.

— Hillebrand! Hillebrand ! ne parlez pas ainsi. Jeudi nous célébrerons notre mariage avec joie et bonheur.

— Notre mariage se fera dans la demeure sombre. Hillebrand ne vivra pas quand viendra le jour.

Et quand vint la lumière du jour , hors de la maison de Hillebrand on emportait trois cercueils.

L'un était celui de Hillebrand, l'autre celui de sa fiancée, le troisième celui de sa mère , morte de douleur K

* Voy. dans le Border's Minstrelsy de V. Scott une ballade intitulée : la Tragédie de Douglas, qui a beaucoup de rapports avec celle*ci«

Li PUISSANCE DE LA DOULEUR.

La petite Christine et sa mère ont mis de l'or dans le cercueil. La petite . hrisline pleure son fiancé qui est dans la tombe.

Il frappe à la porte avec ses doigts légers. — Lèvetoi , petite Christine , et tire le verrou.

Lève-toi , petite Christine , tire le verrou ; je suis le jeune fiancé que tu aimais autrefois.

La jeune fille se lève à la hâte , et tire le verrou.

Elle le fait asseoir sur un coffre d'or ; elle lave ses pieds avec du vin pur.

Ils se mettent au lit, et causent beaucoup, et ne dorment pas.

Les coqs commencent à chanter. Les morts ne peuvent rester plus long-temps absents.

La jeune fille se lève, prend ses souliers , et suit sou ami à travers la longue forêt.

Et quand ils arrivent au cimetière, les cheveux blonds du fiancé commencent à disparaître.

— Vois, jeune fille, comme la lune a rougi tout à coup. Ainsi tout à coup disparaît ton bien-aimé.

Elle s'asseoit sur son tombeau , et dit : — Je resterai ici jusqu'à ce que le Seigneur m'appelle.

Alors elle entendit la voiv de son fiancé qui lui disait: Petite Christine, retourne dans la demeure.

SLLDE. 229

Chaque fois que tu laisses tomber une larme , mon cercueil est plein de sang.

Chaque fois que ton cœur est gai , mon cercueil est plein de feuilles de roses.

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