‹ Chants populaires du NordChapitre 78 sur 110 · LE CHANT DE LA CRÉATION · texte numérisé non relu

LE CHANT DE LA CRÉATION

— Lève-toi , poussière , entonne l'hymne de louange. Tontes les zones louent le Seigneur, toutes les nations louent Dieu.

Le ciel , la terre et la mer le louent en chœur, le Dieu grand; tout ce qui respire, tout ce qui a une voix et un murmure loue celui qui a fait éclorc la lumière, qui a donné le mouvement.

Les joies de la vie éclatent en sons triomphants. Dans leurs accords unis, des millions d'êtres chantent Dieu,

Tout dormait profondément enseveli dans le sein du néant; les voiles de la nuit enfermaient le vide, l'obscurité , la mort ; mais la puissance pénétra dans le chaos de l'éternité, et, du sein du néant, ie monde surgit à la lumière et à la vie. La voix de la création nouvelle se fit entendre , et cette voix disait : Alléluia ! tu es , tu étais , tu seras notre Dieu.

Du milieu de la forêt chargée de nuages ; chaque jour voit le réveil de la vie. Ta splendeur éclate dans les bois et dans les champs. Regarde : avec ses ailes légères , l'oiseau joyeux s'élance dans l'atmosphère empourprée, et son hymne qui te loue, résonne dans les nuages d'(»r. La clarté du matin grandit, brille au loin,

* Traduif de BaKSoscn.

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et la rosée étincelanle , et la fleur qui sourit , et le veut qui voie , et le ruisseau qui court se tournent avec joie vers cette clarté.

Tu enlèves le voile de la nature , tu sèches les larmes de rosée qui humectent la face de la terre; ton ciel n'est plus obscurci. Le jour éblouissant s'avance dans tout son éclat , il enlace sa fiancée au visage rose , et toute la nalure enchantée par celte lumière qui donne la vie s'écrie : C'est Dieu ! c'est Dieu ! c'est Dieu ! Alléluia, nous existons! Alléluia, tu es, tu étais, lu seras notre Dieu !

J'ai entendu l'alouette chanter, la rose s'entr'ouvrait et le feuillage frémissait. Je regardais les rayons du matin , et mon cœur joyeux prenait son essor. Mais j'étais seul , et mon cœur regrettait quelque chose dans ce bonheur non partagé. Les roses brillantes fleurissaient sur mon chemin , mais elles ne me comprenaient pas.

Tu vis , ô Créateur, tu vis mes larmes couler, et tu m'envoyas la femme au doux sourire. Je m'assis en paix sur les racines du chêne, et je m'écriai : Dieu est bon.

Je vis tes astres lumineux briller sur la terre, je contemplai l'éclat du soleil , et ma pensée se perdit dans la profondeur des cieux. ÎMais j'étais seul , et mon ame éprouvait encore de la tristesse dans son bonheur. Plein de désirs, je m'avançais vers chaque arbre; mais quel arbre de la forêt pouvait me comprendre ?

Tu vis , ô mon frère , tu ^is les larmes dans mes yeux et un autre moi-même .sortit de la fcnèl. Oh! Dieu est bon , s'écria l-il ; el je répondis : Dieu est bon ! J'ai vu la pourpre brillante de l'orient el la lumière du jour; mais qu'est-ce que le sourire de l'aurore el le rayon

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ardent du soleil? Qu'est-ce que la terre riante et le ciel élevé près de la pensée de l'homnie et du sourire de la femme ? Qu'est-ce que la splendeur des astres près du feu qui est dans uotre cœur , près des joies de notre âme? O amour , nous existons ! O amour, tu es , tu étais, tu seras notre bonheur !

Nous te louons , mon Dieu , nous te remercions dans la splendeur de la lumière , dans le calme paisible de la vie ; nous reconnaissons ton signe , nous entendons ta parole, dans l'obscurité de la nuit , dans le sourd murmure de la terreur.

Ton trône s'obscurcit ; le soleil se cache derrière des nuages épais; les sombres élémenis sortent de Tabime; les fondements de la terre tremblent; les vallées s'élèvent, et les montagnes tombent. Sa flamme dévastatrice s'étend sur les vagues; à travers les ruines, éclatent les lueurs de la tempête. Au milieu du tumulte , du fracas des montagnes qui s'écroulent , des rochers qui se brisent, le char de ta justice mystérieuse roule avec le bruit du tonnerre à travers le ciel.

Dieu juste ! Dieu terrible ! dans la poussière nous entendons ta parole.

Mais , lorsque tous les anges de la vie se cachent , lorsqu'à ton signe la mort quitte sa retraite , au moment suprême, tu es dans le dernier soupir du cœur qui se brise.

Oui , mou père , même dans l'affreuse terreur de la mort , le néant t'invoque dans sa poussière ; le vermisseau dans son limon mettra son espérance en toi, comme le séraphin. Car, tu es éternellement bon, ô juge suprême ! Tu as donné à notre cœur les ailes de l'amour; nous t'offrons le tribut de notre confiance , et tu te plais à le recevoir. Tu abaisses sur nous un regard pa-

ternel, quand nous nous en allons, comme des enfants, à travers le chemin de la vie. Par notre union ici-bas , tu nous donnes un avant-goût du bonheur des auges.

O Dieu ! que l'œuvre de les mains s'arrête ; que les étoiles tombent; que le soleil disparaisse; que l'abîme des ténèbres s'ouvre de nouveau; quand le ciel , la mer, et tout s'anéantirait, tu serais éternellement le même. Dans les profondeurs de la nuit , de loin et de près , tu es ; et la lumière , et la vie , et le bonheur sont éternellement là où tu es.

O ciel renfermé dans notre sein ! ô amour ! nous existons. Alléluia ! tu es, tu étais, tu seras notre bonheur.

Saint ! saint ! saint! que toute la création se prosterne! Cicux , inclinez-vous! terre, agenouille-toi et prie! Loué soit l'éternel, le Tout-Puissant, le sage! Loué soit le saint , le juste , le bon ! Alléluia I ô notre Créateur, notre. juge, notre père, alléluia! C'est ce que soupirent les mélodies de la poussière , ce que chantent les astres lumineux, ce que les harmonies du ciel font entendre ; alléluia , tu es ! El le bruit des vagues , et l'éclair, l'orage, le tonnerre répètent au monde: Tu es!

Toutes les myriades de l'univers te célèbrent dans l'harmonie des sphères , et nous te louons , toi , notre Créateur, notre juge, notre père.

Que le son de notre harpe résonne au loin , répété en chœur par des millions d'êtres! que tous les sons de la vie retentissent ; que toute la nature ne soit qu'un chant! Mer, flamme, tempête et tonnerre, étoiles et soleil, levez-vous ; que tout ce qui respire dans le monde rende hommage à Dieu.

Alléluia ! nous existons. Alléluia! tu es, tu étais, tu seras notre Dieu,

UFFE-LE-TAGITURNE.

Traduit d'OelilenscliI.Tger, le poète le plus illustre et le plus fécond du Danemark, célèbre surtout par l'habileté avec laquelle il a fait revivre dans plusieurs de ses tragédies les anciennes traditions Scandinaves, par son poème d'Aladdin , par son épopée mythologique des Dieux du nord. Il a lui-même traduit ses œuvres en allemand. Une de ses tragédies, dont Corrége est le principal pet sonnage , a été traduite en français. Oeldcuschla-ger est né en 1779. Il est aujourd'hui professeur à l'université de Copenhague et conseiller d'État.

Vermund a les cheveux blancs ; il est vicyx , fatigué de ses nombreuses guerres ; il est aveugle , et porte dans son royaume le manteau de pourpre. Les Scaldes font vibrer leur liar|)e devant lui , et lorsque, dans leurs chants , ils parlent des jours passés , le souvenir revit dans le cœur du vieillard, et son œil revoit ce qu'il a vu autrefois.

Le roi de Saxe , orgueilleux et rusé , envoie à Vermund un messager pour lui demander si celui qui est aveugle jieut régner. In héraut entre dans la salle, s'avance devant le trône sur lequel le roi est assis avec son sceptre et son diadème , la tété appuyée sur sa main.

(I Salut à toi , vieux roi de Danemark ! Sverliug m'cn- » voie dans ta demeure. Te voilà assis en silence , sans » glaive sur le flanc. Esl-il convenable qu'un vieillard

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» débile s'afïaisse et soupire sous le lardoau de la cou- )) ronnc? Un roi pcut-il n'èlre roi que de nom?

» Mon maître demande ((ue lu quittes à l'inslaut le » trône , comme il convient à un ^ ieillard (|ui en a joui » autant que toi ; ou que ton fils marche contre le sien » et que la couronne appartienne à celui qiii rempor- » tera la victoire. »

Le Ois de Vermund s'appelle L'ffe; il est muet; c'est une grande douleur pour son père. Il reste sans mouvement, les bras croisés dans l'ombre. Sa main est forte , mais jamais elle n'a porté l'épée pour l'honneur du pays.

« Faut-il donc , s'écrie Vermund en fondant en lar- » mes, faut-il que j'entende de telles paroles! Jadis, » j'ai marché vaillamment au combat. La lumière a été » ravie à mes yeux et la force à mes membres. Faible » et débile, il faut que je supporte l'orgueil de mes eu- » nemis.

» Le rusé Sverting sait bien que je suis sans défense ; » car mon fds*est muet , c'est là mon malheur. Âssiste- » moi, Odin, du haut de la demeure. J'irai moi-même » sur le champ de bataille. Honte à celui qui cédera ! » Rapporte celte réponse à ton maître. »

« Seigneur, s'écrie le héraut , convient-il au puissant » Sverting de frapper un vieillard aveugle et sans force? » Une telle victoire serait trop facile. Fnvoie-iious ton » héritier, fais qu'il engage la liUte, qu'il prenne l'épée, » pour pouvoir prendre ensuite le sceptre. »

Tous les guerriers réunis autour du roi portent la main à leur large glaive et regardent en silence le iils de Vernmnd. « Odin protégeait jadis notre pays et sou- )) tenait glorieusement notre honneur. Ce malheureux » enfant saura-t-il se défencke contre ses ennemis ? »

Tandis que leurs regards s'arrêtent sur Uffe avec douleur, avec amertume et colère, tout à coup une teinte de pourpre colore sou visage, ses lèvres s'ouvrent, et sa langue parle pour la première fois.

« Sverting expiera le dédain qu'il me montre. Son » fils ne. rompra pas ma lance; mais s'il veut me réjouir » le cœur, qu'il fasse venir avec lui un guerrier redou- » table , et le sang de tous deux roulera. »

Les spectateurs sont stupéfaits d'admiration en entendant la voix du jeune hoinme. Dès sa première enfance , il n'avait pu prononcer un mot , et le voilà qui parle bravement et noblement pour son pays. Le Saxon rit avec dédain et se moque des paroles d'Uffe. Mais elles réjouissent la demeure du roi. Il veut combattre seul contre deux , lui que chaque guerrier fidèle regardait avec douleur ; il est sorti de son sommeil , il défendra son roi.

Le héraut quitte avec sa suite le palais de Danemark. Le roi ne peut cacher sa joie. « Toi qui viens de mon- » Irer ta bcavourc , toi qui mets fin à la douleur de » Vermund, toi qui veux combattre seul contre deux, » mon scalde te chantera.

» Mon malheureux fils , nniet de naissance, maltraité » par le sort et qui ne peut venger son père, vivra comme » il pourra. Mais toi , qui as répondu aux menaces de » Sverting, tu hériteras du trône de Vermund; tu por- » teras la couronne d'or et le manteau de pourpre. »

En entendant ainsi parler le roi , le cœur de chaque guerrier est vivement ému. « Hélas ! le vieilard aveugle » ne sait pas ce qu'a fait son fils. Jl croit que c'est un » autre (pii a parlé : calmons la douleur paternelle , » calmons-la par une joyeuse parole de consolation. »

» Seigneur, s'écrient-ils, c'est votre propre enfant

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» que vous venez d'entenrlre. Il a la force et il peut » parler, et l'honneur anime son ânio. Il soutiendra les » droits de son père. C'est lui qui a prononcé les pa- » rôles qui vous ont réjoui , et le feu qui luit dans ses » regards atteste qu'il saura tenir sa promesse. »

Le roi de Danemark pleure , ses genoux fléchissent , ses lèvres tremblent , il élève les mains et dit : « Ne » plaisantez pas. Si vous n'êtes point ligués cruellement » avec mes ennemis, amenez-lc-raoi , afin que je puisse » voir si ce que vous m'annoncez est vrai. »

Son fils est là debout fort et robuste, et sa voix résonne parmi les autres voix. Il s'avance au pied du trône. Le vieux roi pose la main sur son épaule, pleure et s'écrie : « Oui, c'est ma chair et mon sang. »

« Dis-moi donc, dis-moi pourquoi dès ton enfance » on t'a vu sikncieux et muet, pourquoi as-tu vécu )) ainsi ? Pourquoi ta voix se fait-elle seulement entendre » à présent ? »

« iMon père, répond le jeune homme, ce sont les » menaces de tes ennemis qui ont délié ma langue. » Tandis que tu portais avec force la couronne, à quoi » t'aurait servi ma voix? Mais maintenant elle doit sou- » tenir la main c^ui va saisir l'épée.

» O braves guerriers, apportez-moi une armure et ') un bouclier ; attachez à ma ceinture un glaive pesant. » La faim des corbeaux sera bientôt apaisée si Sver- » ling vient à moi. Ils connaîtront la colère d'UlTe ; ils » se baigneront dans le sang de mon ennemi. »

« 31ais pourquoi , dit le vieillard, as-tu dans la iiaute » salle appelé sans crainte au combat deux guerriers

» saxons? Si le sang de tous deux ne coulait pas?

» Hélas ! mou fils , si lu devais être vaincu , j'en mour- » rais. »

262 l'OÉSIES MODERNES.

« Il fallait laver l'affront qui nous a été fait ; il fallait » qu'un seul homme combattît bravement contre deux. » L'ffe soutiendra ce combat , et notre honte sera ef- » facée. »

Dans la grande salle du roi on apporte une armure splendide, on la place sur sa poitrine, on .l'agrafe sur ses épaules. Les anneaux se ])risent , l'armure éclate. Le large sein du jeune héros ne peut être renfermé dans cette ceinture pesante.

On lui donne une nouvelle armure , une armure de fer; mais quand Life fait un mouvement, elle se brise comme une feuille d'étain. Le roi entend ce bruit, et on lui dit ce qui est arrivé. Il envoie chercher pour son fils une nouvelle cuirasse.

Quand il voit que celle-là éclate aussi sur ses larges épaules, que nulle cotte d'armes n'est assez forte, et nul lien assez ferme, que son enfant ne peut porter une armure s'il veut faire un mouvement ,

Le roi affligé appelle son écuyer et lui dit : « Va à » mon armoire , prends ma bonne cuirasse , mon cas- » que avec son feuillage de chènc et mon large bouclier. » Donne ces armes à ce robuste jeune homme , et si » elles se brisent , tout est perdu. »

L'écuyer sort, ouvre une caisse garnie de fer et aperçoit une armure brillante. Sur sa plaque d'or brillent de gros clous serrés l'un contre l'autre et d'épaisses écailles d'argent.

Au milieu elle était bombée, et on y voyait l'image d'Asathor assis sur son char et regardant la terre du haut (lex nuages; son marteau à la main , sa forte ceinture sur les flancs , il encourage les héros qui s'élancent dans le tnmulle du combat.

l'ar derrière elle était polie et luisante; on n'y voyait

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pas la moindre tache ni le moindre défaut; elle était faite pour un guerrier robuste et élancé , et on l'attachait sur les reins avec des agrafes ornées de pierres précieuses. C'était la richesse d'un maître puissant.

Le casque était en or, lourd et solide. A son sommet on voyait un feuillage de chêne ; Yduna y montrait ses beaux fruits, ses fruits vivifiants , don d'immortalité, qui mûrissent dans les jardins des ases , et dont la saveur est douce comme le parfum.

• Le bouclier était large, long, arrondi, façonné avec art , fait exprès pour un brave guerrier, affermi par des boutons de cuivre. L'épée , dont on n'avait jamais arrêté les coups , était enfermée dans un large fourreau , orné de peaux de zibeline.

Ces armes , qui avaient reposé long-temps dans une chambre obscure, brillaient enfin à la lumière du jour. Uffe les prend , et tous les spectateurs observent le mouvement du héros avec un sentiment de joie et de crainte.

Ils remarquent à leur satisfaction que les brillants cuissards d'argent sont pour lui assez larges. Il prend ensuite le casque qui s'adapte parfaitement à sa tête. Sous sou cercle d'or tombent ses blancs cheveux. C'était très-beau à voir.

Mais quand il voulut revêtir la cuirasse étincelante , quand il essaya de l'agrafer , et qu'il souleva ses membres , elle était trop courte et trop étroite ; elle se brise d'un côté et il la porte avec peine.

Le roi entend le bruit du fer qui se rompt, et un cri de douleur résonne dans la grande salle. Il n'y avait pas une meilleure cuirasse dans le royaume ; c'était là le dernier essai. Personne ne savait quel parti prendre.

264 POKSIES MODERNES.

Uffe s'écrie : « Nulle crainte ne doit ni'arrêter. Il faut » se fier à la fortune.

» Qu'on appelle le forgeron près de ses fourneaux ; » qu'il arrange sur son enclume cette armure, qu'il y » mette quelques clous et l'élargisse çà el là. Je m'en » irai ainsi combattre, ces légères armes ne me faii- » guent pas.

A peine a til prononcé ces paroles que le forgeron arrive avec son marteau et ses tenailles. Le fer résonne sur l'or , il frappe sur l'enclume . et chaque coup retentit sous la grande voûte du palais.

Quand il eut à grand'peine achevé son travail, le fils du roi s'écria : <i Ne nous arrêtons pas à cette œuvre; i) je me servirai avec adresse de mon bouclier. Mais » donne-moi un glaive qui fasse tomber mon ennemi.»

On lui apporte des épées superbes à lame acérée; mais, quand il les brandit, elles se brisent dans sa main. Le roi n'en est pas affligé. Quand il apprend ce qui arrive , il tire son fils à l'écart et lui dit :

« Cher enfant, ne sois pas inquiet d'avoir vu ces épéos » se rompre , tu en essaieras d'autres. J'en possède une » que l'on appelle Scrap , qui est enfouie dans les pro- » fondeurs de la terre , loin de la lumière du soleil. » Moi-même je l'ai cachée là , quand je suis devenu » faible, quand elle ne pouvait plus m'ètre d'aucune » utilité.

» La lame est grande el précieuse. Deux nains habiles » l'ont forgée sous la terre noire et nie l'ont doimée » dans Us montagnes lointaines. On n'en voit pas une » pareille dans les batailles. Je l'ai fait cacher dans les « entrailles de la terie; des fleurs croissent sur ce tré- » sor. »

Le vieillard aveugle se fait conduire hors de son pa-

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lais, dans un lieu où un arbre s'élève sur le gazon. « Cet arbre , dit-il en touchant du pied sa racine , a » été planté par moi. Là-dessous, mon fils, sont les » armes.

» Prends la bêche et creuse avec précaution , car » elle pourrait atteindre la lame de l'épée. » Life entr'ouvre le sol à la prière de son père ; il l'entr'ouvrc avec soin pour ne pas eudonmiager ses armes.

Du sein de la terre il ne retire que du limon; il regarde , le roi attend ; on ne voit point d'armes. Le vieillard se penche , creuse de nouveau , et voilà qu'un glaive rouillé parait au milieu du sol.

Le roi pousse un cri de joie : « Maintenant, dit-il » en pressant son fds sur son sein , maintenant tu as des » armes pour combattre tes ennemis. »

Uffe ne se soucie guère d'employer cette épée dans le combat. Il veut cependant l'éprouver pour ne pas anéantir le dernier espoir du vieillard.

Il a peur que la lame de ce glaive ne se brise dans une lutte violente ; il veut essayer sa force sur l'arbre qui était là étendant ses rameaux vers le ciel.

Quand le roi apprend l'intention de son fils , il dit : — Quel malheur si cette épée se brisait à ma honte ! Jadis elle était forte. Je ne crois pas que sa lame ait perdu de sa valeur, que la terre l'ait altérée.

Fais donc ton épreuve, tente le sort ! Si ce glaive se brise , mon dernier espoir s'enfuit comme la fumée. Mais elle tombera, je suis sûr, comme un épervier ardent sur sa proie , et portera malheur à ceux sur qui elle frappera.

Le jeune homme s'arrête pensif. Il faut qu'il verse le sang avec une armure courte et brisée, avec un glai^e rompu et rouillé. Cependant le courage n'abandonne pas

266 POESIES MODERAES.

le héros; l'alouette chante gaiement, et le prince marche avec resolution près de son père.

L'armée est appelée à combattre contre Sverling , à juger par le sort des batailles. Le cor résonne, les troupes sont réunies près du large fleuve, et de l'autre côté on aperçoit les héros de Sverting.

Au milieu du fleuve s'élève une île isolée ; ni femme, ni fille n'y met jamais le pied. C'est là que le glaive décide du destin des hommes, c'est là que les combattants expirent.

Avec son vieux père, LlTe s'avance joyeusement sur cette île, l'arinure sur le sein, l'épée au côté. Il a juré la mort des Saxons, et c'est là, sur ce sol entouré par les eaux, que ses adversaires doivent l'attaquer.

Le cœur du vieux Vermund est plein d'anxiété. — Mon fils ne sait pas se servir des armes. S'il tombe, bêlas ! s'il baigne cette terre de son sang, si j'apprends qu'il meurt, je me précipite dans les vagues.

Le glaive est tiré joyeusement du fourreau. On trace nn cercle sur la terre, c'est là que les guerriers doivent combattre. L'ardeur de la jeunesse ranime l'âme du vieillard; le fleuve gronde autour de lui.

Calme et silencieux, UlTe s'avance avec sa force contre les Saxons emportés. Tous deux sont foi'ls et audacieux. Ils se précipitent avec ardeur sur lui, et son œil étincelle ; et connue il ne connaît pas la force de son épée, il se sert de son bouclier.

Le roi entend les coups de l'emiemi qui retentissent sur les armes de son fils et sur les rudes anneaux de son bouclier. Il jette, dans son anxiété, un soupir de douleur; il rapproche son siège de la rive sauvage du fleuve et détache sa couronne brillante.

Cependant l ffe, ayant remarqué dans la lutte la force

DANEMAIIK. 267

de son glaive , frappe vaillamment , renverse un de ses adversaires comme un roseau et lui passe son épée à travers le corps.

Vermuud, qui était près de là, l'oreille attentive, entend la lutte des guerriers et s'écrie : — J'ai reconnu le son de mon glaive , le peuple applaudit à l'héroïsme de mon fils. Le vieillard se rapproche dos combattants et se sent joyeux de vivre.

Le fils de Sverting s'élance avec ardeur dans l'arène pour venger la mort subite de son ami. Le glaive d'UlTe s'appesantit sur son casque, traverse son corps et tombe dans son sang,

Vermund, le visage tourné vers la lice, s'écrie : — ■ J'ai entendu de nouveau le bruit de mon épée. Faut-il sourire, faut-il pleurer? Un héraut s'avance près du roi et chante ce vers joyeux : « Nos deux ennemis sont couchés l'un sur l'autre. » Alors le vieillard pleura de bonheur.

Le bruit des armes retentit dans le camp de Vermund ; les Saxons s'éloignent avec douleur ; les Danois marchent victorieux. Le large front du prince est délivré de son casque , et il le rafraîchit avec une couronne de chêne qu'une jeune fdle lui présente.

Les Danois retournent gaiement au palais ; la harpe des scaldes célèbre leur triomphe. Personne ne regrette plus le roi Atisle. Les derniers jours de VermuiKl furent heureux. Ufle devint un guerrier redoutable; et comme il avait accompli modestement son œuvre , on l'appela Lffe-Ie-ïaciturue.

TRISTESSE D'HIYER

La lune pâle luit sur la neige ; la nuit est claire et froide ; la norne, debout près du berceau, inscrit des paroles magiques aux pieds de l'enfant.

« Tout ce que tu tenteras et tout ce que tu feras est déjà d'avance arrêté, et les années que tu vivras sont marquées sur ton front, »

Elle dit et s'évanouit. Personne ne sait si elle- a dit vrai. La lune pâle luit sur la neige ; quel œil peut lire dans la nuit ?

* Traduit d'Oehlenschlaeger, ainsi que les quatre chauts qui suivent.

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