LE RETOUR DU VIEILLARD
Traduit de Riineberg, jeune poète fort aimé 'dans le nord, auteur d'un volume de poésies lyriques et de deux poèmes idylliques remarquables par leur simplicité et leur couleur septentrionale. M. Ruueberg n'a écrit qu'en suédois : c'est à ce titre que nous avons dû lui donner place dans notre recueil.
Pareil à l'oiseau de passage qui revient après l'hiver visiter son île et son nid, je viens à toi, ma terre natale , je viens chercher la paix évanouie de mon enfance.
Pendant de longues et froides années, bien des mers m'ont séparé de ce rivage chéri. J'ai connu bien des jours de joie dans les pays lointains , et versé bien des larmes.
Me voici de retour. Dieu ! voilà le toit où reposa mon berceau. Je reconnais le golfe, le lac, les champs et les rochers, tout ce qui formait jadis pour moi le monde.
Tout est comme autrefois. Les arbres ont la même parure verte et la même couronne, les airs et les forêts retentissent des mêmes mélodies.
Comme autrefois, l'onde légère joue doucement avec
.300 POÉSIES .MODEKNES.
le neck couvert de fleurs, et l'écho répète les accents joyeux des îles couvertes d'ombres.
Tout est comme autrefois; mais moi, je ne suis plus le même. O mon heureuse patrie ! depuis long-temps ma joie est éteinte, mon visage a pâli et mon cœur est moins vif.
Je ne sais plus apprécier tout ce qu'il y a de beau on toi et toutes les joies que tu donnes; je ne comprends plus le murmure de tes ruisseaux et le langage de tes fleurs.
Mon oreille est fermée à ces harpes divines qui résonnent sur tes vagues, et mon œil ne voit plus les elfes qui dansent sur la prairie et la bruyère.
Quand je te quittai, ô ma chère demeure, j'étais si riche, si riche et si plein d'espoir ! De douces pensées me suivaient dans ton ombre sacrée et me promettaient des jours d'or.
Le souvenir de ton merveilleux printemps, du calme de tes vallons, vivait dans mon cœur avec celui de tes bons génies qui m'avaient accompagné dès mon jeune âge.
Et malmenant , qu'ai-je rapporté de la terre lointaine ? des cheveux blancs, une àme fatiguée par le vain espoir, la douleur du regret et le désir de la mort.
Je ne le redemande pas ce que j'ai perdu , ô ma bonne mère ! Accorde-moi seulenienl un tombeau près de la source qui pleure, sous le peuplier qui reverdil.
Dans ton seiu paisible, dans ton fidèle asile, je poursuivrai mon rêve et revivrai d'une vie innocente dans les fleurs qui surgiront sur mon cercueil.