‹ Chants révolutionnaires. Préf. de Henri RochefortChapitre 2 sur 106 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

plus grand sculpteur et peut-être le plus grand peintre du siècle, morts pauvres tous deux, après avoir vécu non pas seulement dans la gêne, mais dans la misère. On me répondra que Millet et Barye n'étaient pas inconnus; qu'ils étaient méconnus, discutés, injuriés même : ce qui est essentiellement différent.

Le poète, disons-le : le grand poète dont vous allez lire les chansons, n'a pas eu à se défendre, n'ayant jamais été attaqué. Comme le public, moi aussi, dont c'est la profession de suivre le mouvement politique et littéraire de mon époque, j'ignorais Eugène Pottier, il y a seulement quinze jours. Des amis, ses anciens compagnons d'exil, me répétaient que c'était un admirable chansonnier, d'une grandeur et d'une pureté de style qu'on essayerait en vain d'extraire des flacons d'orgeat que Béranger a servis pendant vingt-cinq ans à ses contemporains ; je refusais de me rendre et même de m'éclairer. Je disais :

« S'il est si fort que cela, comment diable n'en ai-je jamais entendu parler ? »

On m'a presque mis le volume sur la gorge. Je connais Pottier maintenant, et je suis bien

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