‹ Chants révolutionnaires. Préf. de Henri RochefortChapitre 29 sur 106 · LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA GUERRE

•^tt

A Eugène Baillet (Lice chansonnière).

On vient de déclarer la guerre :

« Allons-y! disent les vautours; » Mais cela ne nous change guère, » N'est-ce pas guerre tous les jours? »

Du moins elle jette son masque, En riant d'un rire insensé, Le squelette a coiffé son casque, Son cheval-squelette est lancé.

Elle couvait, aussi perverse, De classe à classe, à tous degrés :

Ici, guet-apens du commerce; Là, famille à couteaux tirés.

Privé d'essor, le brigandage Chutait au bagne à tous propos:

On ne tolérait le pillage Qu'à titre de banque et d'impôts.

3o CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES

On sevrait la soif sanguinaire; On réprimait le fauve instinct; On inquiétait Lacenaire, On chagrinait ce bon Castaing.

Ah! nous blâmions Pinfanticide!

Nos fils ont vingt ans... et ce soir Le conseil des bouchers décide Lesquels sont bons pour Tabattoir.

Emplumés, tatoués, nous sommes Des Peaux-Rouges, des clans rivaux.

Jetons au sol un fumier d'hommes, a La terre en produit de nouveaux! »

Souffleté, l'Évangile émigré,

Les apôtres s'en vont bernés,

O patrie! un reste de tigre

Rugit dans tous les « cœurs bien nés!

On chauffe à blanc votre colère, Peuples sans solidarité, Mis au régime cellulaire De la nationalité.

L'obus déchire la nuit noire.

Le feu dévore la cité; Le sang est tiré... viens le boire!

Toi, qu'on nomme l'Humanité.

Le droit de la force et du nombre Piaffe sur le^ vnincus meurtris:

La gloire étend sur le ciel sombré Ses ailes de chauve-souris.

Guerre! guerre! mais qu'attend-elle Pour broyer la chair et les os?

Elle attend la feuille nouvelle, Le mois des fleurs et des oiseaux.

Paris, 1857.

Page 1