‹ Chants révolutionnaires. Préf. de Henri RochefortChapitre 30 sur 106 · LE DÉFILÉ DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

LE DÉFILÉ DE L'EMPIRE

Au citoyen Petit-Pierre {Lice chansonnière).

Cloches et canons... c'est fête !

Un brouillard couvre Paris.

Des ombres, musique en tête, S'estompent sur ce fond gris.

Quel long cortège fossile, Invalides et vieillards, Cest TEmpire qui détile, Défile dans les brouillards !

Vieille et pieuse réclame !

Le vieux monde officiel Dans la vieille Notre-Dame Va rendre grâce au vieux ciel.

Décembre a sauve Basile, Vautour échappe aux pilhnds..

Va, vieil Empire, défile.

Défile dans les brouillards!

Les gros bonnets de Tarmée, Chasseurs de bonnes maisons, Piaffent, la tête cmpluméc, Aux gages des trahisons.

Dieu ! que la guerre civile A galonné ces Bavards !

Va, vieil Empire, détile, Défile dans les brouillards !

Place à la magistrature !

Ces vieux jugeurs à faux poids Font tenir la dictature Dans Iç caoutchouc des lois.

Chez nous la toge servile Cède aux armes des Césars.

Va, vieil Empire, défile.

Défile dans les brouillards !

Viennent les Académies, Routines au col brodé.

Par ces vieilles ennemies Tout génie est lapidé.

On châtre en leur vieux concile Sciences, lettres, beaux-arts.

Va, vieil Empire, défile.

Défile dans les brouillards !

Voici la honteuse plaie, La Banque et ses rois puissants.

Ces gens de fausse monnaie Que Ton nomme commerçants.

Leur peau d'eunuque distille Le vert-de-gris des vieux liards.

Va, vieil Empire, défile, Défile dans les brouillards !

Le tlergé remplit l'église.

Là, sous les cieux obscurcis, Rome à prix d'or canonise Les coups d'État réussis.

On vend au tigre, au reptile.

Des Te Deum nasillards.

Va, vieil Empire, défile, Défile dans les brouillards !

Mais la science émancipe La jeunesse au teint vermeil.

L'épais brouillard se dissipe Devant un jeune soleil.

Et la vieillesse imbécile, En de pompeux corbillards, Avec l'Empire défile Et file avec les brouillards !

Janvier i852.

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