LA GRÈVE DES FEMMES
A Edouard Hachin {Lice chansonnière).
Il surgit une autre Pucelle.
Insurgeant la femme, elle dit:
« Jusqu'à la paix universelle » Tenons Tamour en interdit.
A bas la guerre ! en grève ! en grève !
)) La femme doit briser le glaive.
» Nargue à Tépoux, nargue à Tamant !
» Jusqu'au désarmement:
» Les femmes sont en grève !
» Cœurs dévoués, brunes ou blondes,
» Que le sang versé révolta ;
» O citoyennes des deux mondes,
)) Faisons notre grand coup d'État!
Puisque la guerre inassouvie
» Entasse morts et mutilés,
36 CHANTS RÉVOLUTIONNAIRKS
» Nous, sur les portes de la vie, « Dès ce soir posons les scellés !
» Ce noble but, chastes coquettes, » Nous l'atteindrons les bras croisés ! » En rayant le droit de conquêtes, » En rayant le droit aux baisers !
» Monsieur, je suis votre servante, » Exercez-vous au chassepot !
» Le lit conjugal est en vente )> Pour cause de refus d'impôt.
» Epouses, mères, que nous sommes, )) Laissons ces héros maugréer.
» Tous ceux qui massacrent les hommes » Ne sont pas dignes d'en créer.
» Quoi, mettre au monde et, folle et fière,
» Allaiter mes bébés joufflus,
» Pour les jeter dans la carrière
» Quand leurs aînés n'y seront plus ?
» S'il faut recruter vos milices,
» Fécondez tigresse ou guenon.
j) Nous ne sommes plus vos complices
» Pour fournir la chair à canon.
» Dieu de paix, bénis ce chômage,
» Et, pour l'honneur des temps nouveaux,
» Nous ferons l'homme à ton image
i> A la reprise des travaux.
» A bas la guerre ! en grève ! en grève !
» La femme doit briser le glaive.
» Nargue à Tépoux, nargue à l'amant !
)) Jusqu'au desarmement :
» Les femmes sont en grève ! »
Paris, 1867.
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