‹ Chants révolutionnaires. Préf. de Henri RochefortChapitre 41 sur 106 · LE CHOMAGE · texte numérisé non relu

LE CHOMAGE

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A Léon Cladel.

Mon patron n'a plus d'ouvrage Et nous n'avons plus de bois :

C'est rhiver, c'est le chômage.

Toutes les morts à la fois !

Pas un pouce de besogne.

Il neige : le ciel est gris; A chaque atelier je cogne, J'ai déjà fait tout Paris.

Plus de crédit, rien à vendre Et le loyer sur les bras.

Partout on me dit d'attendre, Et la faim qui n'attend pas!

• Des riches (Dieu leur pardonne!) M'ont dit souvent : Mon ami.

Il faut, quand l'ouvrage donne.

Faire comme la fourmi !

CHANIS RÉVOLUTIONNAIRES 63

Epargner? Mais c'est à peine Si Ton gagne pour manger :

Quand on touche sa quinzaine, On la doit au boulanger.

La nuit est dure aux mansardes; Pas de soupers réchauffants; La mère en vain de ses hardes Couvre le lit des enfants.

Les petites créatures Hier ont bien grelotté.

Dire que nos couvertures Sont au mont-de-piété!

L'autre hiver, mon cœur en crève, J'ai perdu le tout petit; C'est rare qu'on les élève Quand la mère a tant pâti.

Avant peu, je dois le craindre.

Nos deux jumeaux le suivront...

Après tout, les plus à plaindre Ne sont pas ceux qui s'en vont !

Combien, chargés de famille.

Qui boivent pour s'étourdir!

Mon aînée est une tille.

J'ai peur de la voir grandir.

Dieu veuille qu'elle se tienne.

Car, à seize ans, pour un bal.

Pour une robe d'indienne.

Un pauvre enfant tourne à mal!

Je ne veux plus, quand je marche, Le soir, passer sur le pont, A Peau qui gémit sous l'arche.

Quelque chose en moi répond :

Dans ton gouffre noir, vieux fleuve.

Est-ce l'homme que tu plains?

Avec tes soupirs de veuve Et tes sanglots d'orphelins!

Mon patron n'a plus d'ouvrage Et nous n'avons plus de bois :

C'est l'hiver, c'est le chômage, Toutes les morts à la fois!

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