CE QUE DIT LE PAIN
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A Léon Ottin.
J'entends les plaisants répéter :
Que dit le pain quand on le coupe ?
Bien aisé serait d'écouter.
Rien d'éloquent comme la soupe.
Fleur de froment ou sarrasin A notre estomac qu^il convie, Savez-vous ce que dit le pain ?
Savez-vous ce que dit le pain ?
Il dit : «, Mangez, je suis la vie! »
Qui sait ce que coûte le blé,
Hors les bœufs reprenant haleine
Et rhomme au visage brûlé
Qui creuse un sillon dans la plaine ?
Au grand monde inutile et vain
Qui, sans travailler le savoure,
Savez-vous ce que dit le pain ?
Savez-vous ce que dit le pain ?
Il dit : « Gloire au bras qui laboure! >
58 CHANTS rf:volutionnaires
Le progrès veut nos dévouements, But large impose tâche amère.
Hélas! tous les enfantements Font saigner les flancs de la mère.
Pour stimuler l'effort humain, Pour retremper une âme veule, Savez-vous ce que dit le pain ?
Savez-vous ce que dit le pain ?
Il dit : « J'ai passé sous la meule !
Travailleur, quand verras-tu clair i Ta boulangère est dame Usure :
Mais pas plus que le jour et l'air Le pain ne veut qu'on le mesure.
Au long vertige de la faim, Quand la misère est condamnée, Savez-vous ce que dit le pain?
Savez-vous ce que dit le pain?
Il dit : « Fais ta grande fournée! n
Nous pompons nos gouuc.^ ci^ .-aiii Dans les sucs de la nourriture; Notre corps, toujours renaissant, S'assimile ainsi la nature.
Quand il devient par cet hymen Cerveau qui médite et chair rose, Savez-vous ce que dit le pain?
Savez-vous ce que dit le pain ?
Il dit : « Cest mon apothéose ! «
3i OCTOBRE
Au citoyen Elie Mav.
Le peuple sent qu'il est trahi, C'est trop aboyer à la lune.
L'Hôtel de Ville est envahi, Paris, proclame ta Commune!
A-t-on pris à Sainte-Périne Tous ces dictateurs impotents?
Leur ton dolent, leur voix chagrine, Déconcertent les combattants.
On les voit, quand la France expire, Reboucler avec onction La muselière de TEmpire, A notre Révolution.
Sont-ils idiots ou complices?
Leur comité, peuplé d'ânons.
Brait, quand on parle d'armistices, Et fond, à regret, les canons.
6o CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES
Morigénant la populace.
Qu'ils craignent plus que l'étranger, Ils laissent, dans leur main mollasse.
Quatre-vingt-treize se figer.
L'accapareur, âpre vermine, Fait le vide dans les marchés, Et, souliers percés, la Famine Fait queue, aux portes des bouchers.
Révoltez-vous, sombres familles, Vous, meurt-de-faim, toujours déçus, Eclatez comme des torpilles.
Puisqu'on veut vous marcher dessus.
Chez les chamarrés, rien ne bouge.
Va-nu-pieds, marchons de Tavant, Nommons une Commune rouge.
Rouge, comme un soleil levant!
Quittant la tactique enclouée De nos généraux de carton.
Nous irons faire une trouée.
Guidés par l'ombre de Danton!
Et dès ce soir, ivresse folle, Favre et Trochu sont conspués; Paris danse la Carmagnole Autour des murs évacués; Et Ton verra la plèbe saine.
Traquant les francs-fileurs bourgeois, Brancher la race des Bazaine, A tous les vieux chênes gaulois.
CHANTS Rl^VOLUTIONNAlRKS 6l
Le peuple sent qu'il est trahi, C'est trop aboyer à la lune.
L'Hôtel de Ville est envahi, Paris, proclame la Commune!
i" novembre 1870.
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