ON FUSILLE LES VOLEURS
Au citoven J.-13. Dumav
Venez sur les barricades, Rouges encore du sang De quelques bons camarades.
Lire un arrêt menaçant.
Ces mots, écrits à la craie.
Provoquent bien des pâleurs ; Lisons ce qui les effraie :
« On fusille les voleurs ! »
Ah ! c''est l'heure des justices !
Enfin, nous tenons sous clé Bandits, receleurs, complices ; Ils ne Tauront pas volé.
Beaux tripoteurs de nos hontes, Amnistieurs-tusilleurs !
Vous allez rendre vos comptes :
c On fusille les voleurs ! »
l52 CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES
Ah ! VOUS pressuriez sans trêves, Et mettiez à tout propos, Dans la balance des grèves, Le faux poids des chassepots.
Dans vos codes terroristes Les gens sont des non-valeurs ; Tremblez, gros capitalistes :
« On fusille les voleurs ! »
Bonapartistes honnêtes, Les vengeurs devront, bien sûr, Vous prendre avec des pincettes Pour vous acculer au mur; Car yous ne sentez pas Pambre, Gens de tripots et d^ailleurs.
Survivants du Deux-Décembre :
« On fusille les voleurs ! »
Et vous sainte Compagnie, Escrocs des derniers moments ; Au chevet de l'agonie Crochetant les testaments ; On tient dans vos tabernacles Des caboulots de jongleurs, Noirs brocanteurs de miracles:
« On fusille les voleurs ! )i
Ah ! vous voilà pris au piège, Vous, accapareurs, filous.
Qui nous vendiez sous le siège Un œuf cinquante-sept sous !
CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES l53
Vous encaissiez des victimes Les tortures et les pleurs, Tueurs par francs et centimes:
« On fusille les voleurs ! «
Vous mettiez, bande maudite, Dans vos spéculations, L'atmosphère en commandite.
Le soleil en actions.
Vous desséchiez à sa source La vie, ô monopoleurs !
Hommes de sac et de Bourse :
« On fusille les voleurs ! »
Mais non !... — que le peuple est bête !.
Les gros s'échappent ! Voyons !
Douze balles dans la tête
De quelques gueux en haillons !
Affamés qu'on croyait ivres,
Ils omt, pour nourrir les leurs.
Pris... des pains de quatre livres!...
<( On fusille les voleurs ! »