L'ENFANT VOLÉE
A Eugène Imbert (Lice ehansonnière).
On me Ta volée à la crèche, Ma fille, et vendue au marché, Vendue au prince débauché, A Pogre qui sent la chair fraîche.
Il me Ta prise, ce voleur, Ma Jenny, si drôle en sa moue; Cueillir cette églantine en fleur Pour la piétiner dans la boue !
Elle a dû, pour les attendrir.
Joindre ses deux menottes blanches.
Ah! Ton m'aurait moins fait souffrir En me sciant entre deux planches.
C'était ma joie et mon orgueil, Tout Torgueil de la pauvre veuve; On Tadmirait sur notre seuil Le cou nu dans sa robe neuve.
CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES l6l
L'adorer me semblait si bon !
Pauvre petite, ils Tont trompée Et séduite par un bonbon; Ils Pont prise avec sa poupée.
Gens obscurs seraient condamnés,
De lui ce n'est que babiole,
La police me rit au nez.
Les juges me traitent de folle,
Et rÉglise admet le viol ;
Moi, j'en fournirai l'eau bénite :
D'une jatte de vitriol,
Je veux sacrer cet hypocrite.
On me l'a volée à la crèche, Ma fille, et vendue au marché.
Vendue au prince débauché, A l'ogre qui sent la chair fraîche.
Juillet i885.