MONSIEUR LARBIN
Fier comme un paon, plat comme une punaise, Est-ce un ministre, est-ce un garçon de bain?
C'est, ne vous en déplaise.
C'est Monsieur Larbin!
Larbin naquit dans l'antichambre D'une marcheuse et d'un portier.
Pour son baptême, un pot de chambre A dû servir de bénitier.
Mordre et lécher fut son étude.
Et de récurie au salon.
Il se gobe en sa servitude.
Sous le panache et le galon.
Il boit, ment, jure, tousse et crache Tout comme son maître et le hait.
Dans son code admet la cravache.
Triche la cave et le buffet.
l58 CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES
Il méprise enclume et charrue, Ne sort pas sans son tablier, De peur que quelqu'un dans la rue Le prenne pour un ouvrier.
A tous les postes il s'installe, Pourrit au cœur la nation ; Le Larbinisme qui s'étale Devient une religion.
La valetaille dans sa gloire, Cravate blanche et chapeaux bas, Dresse un autel au dieu Pourboire, Une serviette sous le bras.
Chien couchant âpre à la curée.
Au besoin, valet du bourreau, Il est rédacteur en livrée D'un journal à gros numéro.
Il bave sur les grandes choses, Chienlit posant en Ajax, Il brosse les apothéoses Des vices à l'opopanax.
Coiffant la mitre de l'évcque.
Larbin bénit les coups d'Etat.
Drapant la toge de Sénèque, Il congratule le Sénat.
Rend-il ou vend-il la justice?
C'est alors Delesveaux, Garcin; Bismark l'enrôle en sa police Et le czar lui donne un blanc-seing.
CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES I Sq
Adressez-lui votre requête Au nom du bon droit, du devoir; Il vous dira, dressant la crête :
« Connais pas! je suis le Pouvoir!
A ce mandarin de la Chine, Torchez le museau d'un soufflet.
Il vous dira, courbant Péchine:
« Monsieur, je suis votre valet ! »
Fier comme un paon, plat comme une punaise, Est-ce un ministre, est-ce un garçon de bain?
C'est, ne vous en déplaise.
C'est Monsieur Larbin !
Palais-Bourbon, i6 mai 1873.
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