‹ Chants révolutionnaires. Préf. de Henri RochefortChapitre 85 sur 106 · LA VEUVE DU CARRIER · texte numérisé non relu

LA VEUVE DU CARRIER

Au citoyen René Vaillant.

Claude est mort, j'aurais dû le suivre. Mais Tcnfant? je le sens pourtant, Je le sens en moi qui veut vivre, Il ne sait pas ce qui l'attend.

Huit engloutis dans la carrière.

Il en meurt, dans ce métier-là !

Je crois le voir sur la civière.

Sanglant, tout pâle, il me parla.

Il me dit de sa voix éteinte, Quand je Técoutais respirer, Quel malheur! te laisser enceinte.

N'ayant que tes yeux pour pleurer!

C'est bien bon d'aimer, d'être mère !

On se prive aussi là-dessus, Ne voulant pas, dans sa misère, Faire un misérable de plus.

Un lundi nous vint la folie De courir les champs... Des beaux mois L'air grise... On rentre... et l'on s'oublie. Les pauvres ne sont pas de bois!

Si par malheur c'est une fille, Le sort des femmes donne froid.

J'ai deux sœurs... L'une avec l'aiguille Ne gagne pas l'eau qu'elle boit ; L'autre?... C'est la plus malheureuse!

Quel métier! Guetter les passants, L'œil éteint, la figure creuse, Elle était si fraîche à seize ans !

C'est un garçon que je désire.

Un de ces vaillants qu'on croit fous.

Osant le bien, sachant tout dire, Et rêvant au bonheur de tous.

Mais on les déporte, on les tue.

Ces chercheurs du juste et du vrai.

On les massacre dans la rue.

Comme mon pauvre père, en Mai.

Je veux, dans ma jupe de veuve.

Lui tailler brassières, béguins.

L'élever!... quelle rude épreuve, Tous les jours on baisse nos gains.

Par des fois j'en deviens farouche, Je pense tout noir! Vous savez?

Je dis : si je mourais en couche, Il irait aux Enfants-Trouvés!

CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES IjS

Claude est mort, j^aurais dû le suivre! Mais Tenfant?... je le sens pourtant, Je le sens en moi, qui veut vivre, Il ne sait pas ce qui Tattend.

Montrouge, 1882.

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