LE GRAND KRACK
Au citoven G. Rouanet.
Le grand Krack est bien proche, Mais la vaste sacoche De tous les suceurs d'or, Par le jeu d'une pompe, Jusqu'à ce qu'elle en rompe, S'emplit, s'emplit encor.
La masse qui turbine Sèche dans la débine Gomme un linge tordu. La pompe trouve à boire, Dans sa misère noire.
Des gouttes d'or fondu.
Bientôt, montagne énorme, Le Capital se forme Du travail non payé.
CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES 2o3
La sacoche se gonfle Et le piston qui ronfle N'est jamais enrayé.
Tout^ coule en or liquide, Le cerveau qui se vide, La moelle de nos os, Les gaz, les mers, les nues, Les forces inconnues, L'épargne des gogos !
Ce vol se perpétue, Épuise et prostitue Ce vieux globe gâté.
Humanité souffrante, Cette pompe aspirante, C'est la Propriété.
Mais tout a sa mesure.
Dans le sac de TUsure Se déclare un grand trou.
Où trouver un refuge ?
Crevant comme un déluge, Il pleut un argent fou.
A bas tous les commerces,
Il tombe des averses
De coupons lacérés.
Et l'on voit — pertes sèches —
Voltiger en flammèches
Tous les papiers timbrés.
204 CHANTS RliVOLUTIONNAIRES
Bravo ! la Banqueroute, Sur la Bourse en déroute, Roule ses flots amers*.
On voit grossir les ondes, Les forbans des deux mondes Sombrent au fond des mers.
Au feu les budgets ivres!
Les Banques, les grands livres
S'embrasent à la fois.
Le ciel en devient rose.
Et cette apothéose
Ébahit les bourgeois.
Que peuvent-ils répondre?
Le sol craque et s'effondre Sous leurs pas effarés; Et sur terre commence La farandole immense Des forçats libérés!
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