RIEN DE CHANGE
Au citoyen Lisbonne, retour du bagne.
Tu nous reviens, noble forçat,
Après dix ans de bagne; Vois comme ils sont tombés à plat.
Nos châteaux en Espagne.
La France à Tengrais
Veut bien du progrés Pourvu qu'on le ditîère...
Non, rien n^est changé,
Vaillant insurgé, Nous avons tout à faire!
Toujours ce tas d^hommes d'Etat,
Frelons pillant la ruche.
Le budget gonfle avec éclat Leur génie en baudruche.
Ces ballons captifs Prouvent aux naïfs
2o6 CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES
Qu'ils font tourner la sphère.
Non, rien n^est change,
Vaillant insurgé, Nous avons tout à faire!
Vois toujours ce triste animal.
Un taudis pour demeure.
Louant au seigneur Capital Ses muscles six sous Fheure;
Ce crève-de-faim,
Sans repos, sans pain, Se nomme prolétaire.
Non, rien n^est changé.
Vaillant insurgé, Nous avons tout à faire !
Nos gros vampires à vapeur
Sucent toujours nos veines.
Les grèves ne leur font pas peur, Les casernes sont pleines.
Mineur, reste coi
Dans ton trou, sans quoi L'on te fait ton affaire.
Non, rien n'est changé.
Vaillant insurgé, Nous avons tout à faire!
Toujours ces affreux calotins Dont les meneurs profitent,
Payés pour faire des crétins, Dieu sait s'ils s'en acquittent !
Couvents noirs et gris,
Cousant à vil prix, Grattent sur la misère.
Non, rien n^est changé,
Vaillant insurgé. Nous avons tout à faire!
Toujours nos généraux pourris,
Gloires capitulantes.
Demandent pour mater Paris Des semaines sanglantes.
Ils ont, ces guerriers,
Cueilli leurs lauriers Dans le sang de Millière...
Non, rien n'est changé.
Vaillant insurgé.
Nous avons tout à faire!
Sur un axe taux nous tournons
Dans un désordre étrange.
On n^a rien changé que les noms.
Mais il faut que tout change.
Révolution, Ton irruption Va redresser la terre!...
Non, rien n'est changé.
Vaillant insurgé.
Nous avons tout à faire !
Levallois-Perrct, 1880.
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