‹ Chants révolutionnaires. Préf. de Henri RochefortChapitre 97 sur 106 · L'AGE D^OR · texte numérisé non relu

L'AGE D^OR

A Adolphe Douai, de Newark,

O Terre, voici Tâge d^or 1 Sous la bannière cramoisie Déroule ton beau Messidor!

Salut TAmour! Salut la Poésie !

Voici venir Page vermeil, Mets, Peau d^Ane transfigurée, Ta robe couleur du soleil :

La Justice a fait son entrée.

Par Tesclavage abrutissant Et par la misère écrasée, Tu couchais dans un lit de sang.

Eveille-toi dans la rosée!

Tu fus Tenfer, le gouffre noir Des intérêts et des batailles, Le cri navrant du désespoir Sortait du fond de tes entrailles.

CHANTS HKVOLUTIONNAIRES 2O9

Maintenant, les poumons gonflés, Orgue puissant lorsque tu vibres, Tu remplis les cieux constellés Du chant des égaux et des libres.*

Que de sève en tes flancs sacrés!

Un suc de renouveau s'y mêle.

Pour tes enfants longtemps sevrés, Reprends le rôle de mamelle.

Ecrasant Tusure et le vol Qui grouillaient dans tes fanges noires, La science a fait de ton sol L'Atelier de toutes les gloires.

O nations, plus de torpeur.

Mille réseaux vous ont nouées.

L'électricité, la vapeur Sont vos servantes dévouées.

L'homme a conquis les hauts sommets.

Les sables ardents, les banquises.

La mer et le ciel, désormais.

Sont des forces qu'il a conquises.

Races, venez de toutes parts,

Creusez l'être par la science.

Individus, cerveaux épars.

Vous n'êtes qu'une conscience.

Tous les fléaux vont s'apaiser.

La nature n'est plus farouche

Et la vie est un loog baiser

Que l'homme lui prend sur la bouche.

2IO CHANTS RP:\^0LUTI0NNAIRES

O terre, voici l'âge d'or!

Sous la bannière cramoisie Déroule ton beau Messidor!

Salut l'Amour, salut la Poésie!

A bord du transatlantique l'Amérique, retour d'exil, septembre 1880.

Page 1